Le régime finissant de Faure Gnassingbé et ses sécurocrates pensent pouvoir faire taire le peuple togolais en agitant la menace d’emprisonnement massif et de la torture en détention. Grace Koumayi, même souffrante dans sa chair, donne de la voix depuis la prison civile de Lomé où elle se trouve actuellement. A la sortie hasardeuse de la gendarmerie nationale togolaise à travers son chef d’escadron, Mazalo Agba, elle envoie une réponse ferme qui met à nu la roublardise d’une institution à la solde de qui on sait. Nous vous laissons lire le contenu de la lettre de cette sage-femme engagée qui se « tient debout » malgré tout. (Lecture en premier commentaire).
Prison civile de Lomé, le 22/11/2025
KOUMAYI Bikonibiyaté Grace
Sage-femme engagée, femme politique
Je témoigne, et je me tiens debout pour la vérité
Je prends aujourd’hui la parole depuis la prison Civile de Lomé pour éclairer le Togo et le monde entier sur les événements que je déclare avoir vécus et sur la profonde crise morale que traverse notre nation. Si je parle, c’est parce que le silence serait une trahison envers moi-même, envers les femmes et envers ce pays que nous aimons.
Le 06 Juin 2025 dans le cadre des manifestations pacifiques pour réclamer un Togo juste, vivable et vivant pour tous, j’ai été arrêtée de manière brutale en pleine ville de Lomé. Conduite dans un lieu de détention (Brigade de Recherche et d’Investigation), j’ai été, selon mes déclarations, victime de violence, de torture et de viol. Ce jour-là, lorsque la délégation de la CNDH est arrivée accompagnée des responsables du lieu de détention, je leur ai signalé mes douleurs, notamment au niveau du vagin. Cela n’a suscité aucun secours, aucune humanité.
Malgré les menaces quelques semaines après ma libération, j’ai décidé de témoigner publiquement. Mes vidéos étaient celles d’une femme blessée dans sa chair, mais déterminée à faire entendre la vérité.
Puis le 03 octobre 2025, des agents du SCRIC armés sont venus m’arrêter devant mon domicile. Ce jour-là, mon enfant de 03 ans qui ne voulait qu’embrasser sa mère, a été brutalisé par le chef de bord nommé Sidi Assoh.
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Durant les 03, 04, 05 et 06 octobre, j’ai été détenue dans les conditions que je décris comme violentes et inhumaines, avant d’être déférée et placée sous mandat de dépôt.
Depuis ma cellule, j’ai découvert avec stupeur à la télévision Togolaise (TVT) au journal, un communiqué officiel affirmant que je n’avais subi ni torture, ni viol.
Je veux dire clairement : je maintiens l’intégralité de mes déclarations.
Aux autorités qui souhaitent des preuves : je suis ici à la prison civile de Lomé. Que ceux qui veulent voir mes blessures viennent.
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A la chef d’escadron Mazalo AGBA, qui a porté ce message de dénégation, je pose une simple question : Comment une femme peut-elle trouver le courage de nier la douleur d’une autre femme ? Où place-t-on son âme lorsqu’on tourne le regard devant la souffrance humaine ?
J’appelle la CNDH à se tenir cette fois-ci pleinement dans son mandat, sans calcul, sans crainte, sans compromis. Le rôle d’une institution nationale de droits humains n’est pas de protéger le confort des puissants, mais défendre la vérité même lorsque celle-ci dérange.
J’en appelle également aux organisations nationale et internationale des droits humains : que la lumière soit faite, que la vérité, toute la vérité sort dite. Alors je sollicite votre attention immédiate et votre vigilance. Je demande formellement :
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- L’ouverture d’une enquête indépendante, impartiale et exhaustive sur les violences que je déclare avoir subies.
- La garantie de ma sécurité physique, juridique et psychologique dans ma situation actuelle et dans mon 16e jour de grève de la faim.
- La protection de ma famille, en particulier de mes enfants mineurs.
- Le suivi rigoureux des institutions togolaises afin qu’elles exercent leur mandat conformément aux normes internationaux.
A mon peuple : je ne renonce pas.
Togolaises, Togolais, j’ai vécu, selon mes déclarations, des choses qui auraient pu briser n’importe quel être humain mais je tiens debout, je me tiens droite, je me tiens vivante.
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Je fais cette déclaration, non par esprit de confrontation, mais par nécessité vitale, par exigence de vérité et par sens du devoir citoyen.
Je suis Sage-femme d’Etat : j’ai juré de protéger la vie.
Je suis une femme politique : j’ai choisi de défendre la dignité.
Je suis Togolaise : je crois en un avenir où les institutions serviront réellement les citoyens. Je continue de croire qu’une lumière internationale peut dissuader les abus, relever la vérité et protéger les victimes.
Je vous rassure que je me tiens debout, je me tiens droite, je me tiens vivante. Parce que je suis en mission, pas une mission politique : une mission spirituelle, citoyenne, humaine.
Ah oui, la mission d’éveiller les consciences, de briser les silences, de rappeler que la dignité n’est pas négociable.
Je le dis avec conviction, on peut priver un corps de liberté, mais on ne peut pas arrêter une âme éveillée. Le Togo de demain, pas sans nous.
Togolais vient bâtissons la cité !
Grace Bikonibiyaté KOUTAYI