Au Togo, le litige foncier de Latékopé continue de défrayer la chronique. Des informations faisant état de la présence des forces de l’ordre pour encadrer des travaux d’isolement des populations soulèvent de sérieuses interrogations. Alors qu’aucune base légale claire ne semble justifier leur déploiement, le débat sur une force publique régulièrement présente là où on l’attend le moins interroge sur sa mission républicaine.
Selon des recoupements et plusieurs témoignages recueillis sur le terrain, les travaux de creusement de tranchées et d’implantation de poteaux munis de barbelés se sont déroulés sous la présence visible des forces de l’ordre.
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« Nous étions ici, un matin. Nous avons vu des gens avec des engins venir creuser pour nous encercler. Ils étaient accompagnés de forces de l’ordre », témoigne une riveraine, encore sous le choc.
Un autre habitant ajoute : « À chaque fois que nous tentons de protester, on nous envoie les forces de l’ordre. » Les populations disent avoir le sentiment d’être étouffées.
Pourtant, plusieurs sources locales indiquent qu’aucune décision administrative formelle n’aurait autorisé ces travaux. La mairie elle-même n’en aurait vraisemblablement pas été informée. Dès lors, une question s’impose : qui a mobilisé les forces de l’ordre sur ce chantier ?
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Dans un État de droit, les forces de défense et de sécurité sont recrutées, formées et rémunérées par l’État pour assurer la protection des personnes et de leurs biens, le maintien de l’ordre public et l’application des décisions légalement établies. Leur mission est institutionnelle, républicaine et encadrée par des textes.
Si des agents se retrouvent à encadrer des travaux dont la légalité est contestée ou non établie, cela pose un problème sérieux de gouvernance.
Dans plusieurs localités, il n’est pas rare d’entendre des récits d’agents de sécurité utilisés pour des tâches sans lien avec leur mission républicaine : escorter des intérêts privés, assurer une présence dissuasive dans des conflits fonciers controversés, voire accomplir des services personnels.
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Lorsque des agents publics deviennent les instruments d’individus influents, c’est le principe même d’égalité devant la loi qui en pâtit. Cette instrumentalisation de la force publique crée une justice à deux vitesses et nourrit un profond sentiment d’injustice au sein des populations.
Les forces de l’ordre obéissent à une chaîne de commandement claire. Si des agents sont mobilisés dans un cadre non officiel, soit ils agissent sur instruction formelle d’une autorité compétente, soit ils sont sollicités de manière informelle, en dehors du cadre réglementaire.
Dans les deux cas, la responsabilité hiérarchique est engagée. Aucun agent ne peut, en principe, être mobilisé pour une mission sans ordre. Et si ordre il y a, celui-ci doit reposer sur une base légale.
Les forces de l’ordre ne doivent pas être perçues comme les auxiliaires d’intérêts particuliers. Leur légitimité repose sur leur neutralité et leur attachement exclusif à la loi et à l’intérêt général.
Le cas de Latékopé appelle donc à des clarifications officielles. Qui a ordonné la présence des forces de l’ordre ? Dans quel cadre administratif précis ? Les réponses à ces questions sont indispensables pour restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.
François BANGANE