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Dans le sillage de Kpomassie : un Togolais à la conquête de l’Europe du Livre

by L'Alternative
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Quand Gnimdéwa Atakpama pose ses valises à Cluj-Napoca (Roumanie) pour une résidence d’écriture, il perpétue une tradition togolaise moins connue que les coups de tam-tam mais tout aussi tenace : celle des explorateurs littéraires qui prennent l’Europe à revers.

L’Africain qui descendit du Nord

Il y a une soixantaine d’années, un jeune Togolais nommé Tété-Michel Kpomassie décida, après avoir lu un livre sur les Esquimaux dans une librairie de Lomé, de tout quitter pour rejoindre le Groenland. Il y passerait plusieurs années, vivrait parmi les Inuit, et en reviendrait avec L’Africain du Groenland, récit publié en 1981 par Flammarion qui allait devenir un classique de la littérature francophone mondiale, couronné du Prix littéraire francophone international. Un livre qu’on lit encore aujourd’hui à Tokyo, à New York, à Paris et à Lomé.

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Ce que Kpomassie avait compris, et que peu de commentateurs ont voulu voir à l’époque, c’est que le voyage du regard ne se fait pas uniquement du Nord vers le Sud. L’Africain aussi peut observer. L’Africain aussi peut raconter. Et son regard, précisément parce qu’il est décalé, parce qu’il ne va pas de soi, peut illuminer ce que les autochtones ne savent plus voir.

Gnimdéwa Atakpama, conteur professionnel, auteur publié chez L’École des loisirs à Paris, consultant en communication stratégique et acteur politique togolais, est aujourd’hui à Cluj-Napoca, ville baroque de Transylvanie, pour une résidence d’écriture soutenue par l’Organisation internationale de la Francophonie. Il n’est pas allé au Groenland. Mais il est allé en Roumanie. Ce n’est pas si différent.

La Transylvanie comme miroir

Cluj-Napoca, capitale culturelle de la Transylvanie, est une ville universitaire de 400 000 habitants qui se regarde volontiers comme le poumon intellectuel de la Roumanie. Elle a ses cafés où les philosophes lisent Cioran et ses rues pavées que Blaga arpentait. Elle a aussi, depuis quelques semaines, un écrivain togolais qui prend des notes dans ses bibliothèques, donne des ateliers dans ses lycées, et tient des séminaires dans ses universités.

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Atakpama n’est pas venu en touriste. Il est venu écrire. Le projet s’appelle Carnets de Cluj : un manuscrit en cours d’élaboration qui tente de saisir la ville à travers les yeux d’un conteur ouest-africain. Non pas la carte postale (les toits de tuiles et la neige de février), mais la stratigraphie. Les couches. Ce que les villes dissimulent dans leurs archives, leurs murs, leurs silences.

« Je cherche ce que Cluj ne montre pas d’emblée, » dit-il. « Le sous-sol de la ville. Ses mémoires enfouies. »

C’est exactement ce que faisait Kpomassie au Groenland : chercher non pas le pittoresque mais la texture profonde d’un monde.

Une tradition togolaise de l’exploration

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Il serait faux de présenter ces trajectoires comme des anomalies. Le Togo a une longue tradition d’intellectuels qui ont choisi la mobilité comme méthode de connaissance. La diaspora togolaise est présente dans les universités, les rédactions, les scènes littéraires de Paris, Montréal, Bruxelles et au-delà. Mais Atakpama fait quelque chose de légèrement différent : il revient. Ou plutôt, il n’est jamais vraiment parti. Il circule. Entre Lomé et les capitales du monde, entre la tradition orale et la page imprimée, entre la géomancie Fa et la conférence à la faculté des études européennes.

Cette posture, ni exilé, ni expatrié, mais voyageur stratégique, est peut-être la figure la plus juste de l’écrivain africain contemporain. Ni assigné à résidence identitaire, ni perdu dans une universalité abstraite. Présent dans le monde tel qu’il est, attentif aux détails, porteur d’une mémoire spécifique.

Kpomassie avait trouvé son Groenland. Atakpama a trouvé Cluj. Et dans cette ville où l’on parle hongrois, roumain, Anglais et parfois français, dans ces rues qui portent encore les cicatrices de vingt siècles de superpositions impériales, le regard africain trouve matière à raconter.

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La soirée du 23 mars

La résidence prend fin le 26 mars. Avant cela, le 23, l’Institut français de Cluj accueille la soirée de restitution publique : lectures, échanges, présentation des textes en cours. Un moment où la ville et l’écrivain se feront face. Non plus comme observateur et observé, mais comme deux présences qui ont appris à se lire mutuellement.

Kpomassie avait mis des années avant que son livre paraisse. Atakpama, lui, publie à mesure. Les Carnets de Cluj s’écrivent en direct, chapitre après chapitre, dans le flux même du séjour. C’est peut-être là la différence la plus nette entre les deux générations : la vitesse n’est plus l’ennemie de la profondeur. Elle en est, parfois, la condition.

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Ce projet bénéficie de l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie.

#Francophonie #OIF #CarnetsDeClujOIF

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