Daniel Koranteng, passé de suspect à accusé dans l’affaire du meurtre du journaliste d’investigation ghanéen Ahmed Suale, est placé en détention provisoire par le tribunal du district de Madina. Il est finalement passé aux aveux sur son lien avec l’homme politique Kennedy Agyapong qui aurait lancé des représailles contre le journaliste bien avant son assassinat.
Il a fallu à Daniel Koranteng quatre jours après son arrestation, accusé de complicité dans le meurtre du journaliste Ahmed Suale le 16 janvier 2019, pour faire des révélations sur ses actions en lien avec l’affaire.
Lire aussi : Arrestation d’un suspect dans le meurtre du journaliste d’investigation Ahmed Suale
Le Procureur affirme qu’il a joué un rôle très important dans l’affaire, citant des enregistrements d’appels et sa présence près de la résidence du journaliste au moment du meurtre.
« Les relevés d’appels ont permis de localiser l’accusé à Madina, près de la résidence de Suale, avant et au moment du meurtre », a déclaré l’accusation avant de préciser que Daniel Koranteng aurait vendu les photos de la victime à l’homme politique Kennedy Agyapong.
Ce dernier a donc permis à sa chaîne télé Net2 TV de diffuser les images de la victime Ahmed Suale et a appelé à des représailles contre lui. L’accusation insinue même que Ahmed Suale, de son vivant, a identifié Daniel Koranteng comme le seul qui détenait ces photos diffusées sur Net2 TV.
Des déclarations qui incriminent gravement l’accusé qui avoue être proche de la victime, d’avoir pris des photos avec lui et d’avoir effectivement rendu visite à l’homme politique Kennedy Agyapong sans pour autant lui avoir vendu les photos d’Ahmed Suale.
« Il a admis connaître le défunt, avoir rendu visite à l’honorable Kennedy Agyapong et avoir pris des photos avec le défunt, mais a nié avoir vendu les photos à qui que ce soit », a déclaré l’accusation au tribunal.
Des aveux qui ne convainquent pas l’accusation; le tribunal du district de Madina l’a placé en détention provisoire dans l’attente de nouvelles investigations. Daniel Koranteng qui a décliné plusieurs convocations de la police, a réussi à quitter le Ghana pour se réfugier au Royaume-Uni en 2019. Mais il a été arrêté à Amasaman après son retour au Ghana le 15 mars 2025.
Lire aussi : Togo- Exclusion de 43 élèves, symptôme d’un mal plus profond dans un système éducatif délabré
Pendant que les enquêtes se poursuivent au Ghana, un tribunal américain a donné gain de cause à Anas le collègue du feu journaliste Ahmed Suale dans une affaire l’opposant à Kennedy Agyapong et Frederick Asamoah. La Cour supérieure du New Jersey a condamné Kennedy Agyapong et Frederick Asamoah accorde au journaliste d’investigation Anas Aremeyaw Anas 18 millions de dollars de dommages et intérêts.
La plainte, déposée le 17 mai 2022 devant la Cour supérieure du comté d’Essex, comprenait des allégations selon lesquelles Anas est un criminel, un voleur et responsable du meurtre d’Ahmed Suale, un journaliste infiltré qui a travaillé avec lui sur le documentaire explosif « Numéro 12 ».
Le jugement intervient finalement après une longue bataille juridique découlant de prétendues déclarations diffamatoires faites par les accusés lors d’un épisode de « The Daddy Fred Show », un programme en ligne très suivi, ciblant le public ghanéen aux États-Unis.
Lire aussi : Togo- Freedom Togo-MNL annonce de grandes manifestations dans plusieurs pays pour le départ du régime soixantenaire
La même plainte déposée auprès de la Haute Cour d’Accra au Ghana n’a pas abouti. Elle a rejeté le 15 mars le procès en diffamation de 25 millions de GH¢ intenté par Anas contre Kennedy Agyapong. Le juge Eric Baah a estimé qu’Anas Aremeyaw Anas n’avait pas réussi à prouver que Ken Agyapong l’avait diffamé en diffusant le documentaire.
Le tribunal a plutôt conclu que ce à quoi Anas se livre n’est pas du journalisme d’investigation, mais plutôt du « terrorisme d’investigation » et que Kennedy Agyapong était justifié de qualifier Anas de « maître chanteur, corrompu, extorqueur et malfaisant ».