Dans la région des Savanes, le maraîchage représente une bouée de sauvetage pour des milliers d’agriculteurs ces dernières années. Cependant, ces derniers sont de plus en plus confrontés à l’épuisement des terres cultivables. Les perspectives pour la saison à venir sont inquiétantes. La rareté des pluies et l’assèchement imminent des points d’eau naturels menacent de compromettre cette activité vitale pour de nombreux ménages.
Dans les bas-fonds humides des savanes, le maraîchage s’est imposé comme une alternative indispensable pour les agriculteurs. Il se pratique en saison sèche et permet ainsi de combler le gap de la saison pluvieuse, de moins en moins fructueuse. Toutefois, cette activité, fortement dépendante de la disponibilité en eau, fait face à une menace sans précédent.
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Les pluies, autrefois espérées pour alimenter les rivières et retenues d’eau, se sont faites plus rares cette année. Dans les rangs des agriculteurs, c’est l’incertitude. Alors que la saison maraîchère s’annonce, l’ombre d’une crise plane, menaçant de mettre à mal la sécurité alimentaire de la région.
Une pluviométrie médiocre
L’on se souvient de la longue sécheresse survenue courant juillet-août 2024. « La campagne agricole a connu des poches de sécheresse, surtout au mois de juillet. Cette situation a touché environ 40 % des parcelles emblavées dans la région des Savanes et on s’attend à une baisse de 30 % de la production céréalière », confirme une source proche des services techniques de l’agriculture.
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Elle a été désastreuse au point où des prières ont été organisées dans certaines régions du pays pour supplier le ciel d’ouvrir ses vannes. Pratiquement tout le mois d’août, réputé très pluvieux au nord du Togo, n’a connu que moins de quatre pluies. Conséquence : la terre n’a pas été suffisamment arrosée et les sources d’eau (rivières, mares, retenues) n’ont pas fait le plein.
Cependant, ces sources sont essentielles pour l’irrigation des cultures maraîchères. Les riverains du barrage de Kumfab (Dalwak) témoignent. « Chaque année, les eaux débordent entre juillet et septembre, mais cette année, ce n’est pas le cas. Le niveau d’eau n’a pas augmenté comme par le passé », explique Tiémbiè Kombaté, un habitant de Yanyane (commune de Tône 3).
Or, le besoin en eau pour l’arrosage dépend du volume d’eau tombé. C’est la quantité d’eau tombée qui permet un bon stockage de l’eau d’arrosage. Cette situation inquiète les maraîchers.
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« Au cours de nos réunions, cette inquiétude revient constamment. Cette année, la pluviométrie est vraiment médiocre. Nos rivières, à pareil moment, devraient couler, mais jusqu’à présent, le constat est différent. Dans certains jardins où habituellement à cette date il suffisait de faire un trou avec une houe pour trouver de l’eau, actuellement, il faut au moins creuser jusqu’à 3 mètres avant de trouver l’eau », explique Mintouyem, maraîcher.
Les enjeux de la gestion de l’eau pour le maraîchage
Le constat, près de vingt ans après son apparition dans la région des Savanes, est que l’activité maraîchère se fait encore essentiellement avec des moyens rudimentaires. Il s’agit de cultiver aux abords des marigots, des rivières et des retenues d’eau. Au fur et à mesure que la saison sèche avance, les paysans creusent des puits de fortune qui seront refermés aussitôt la saison maraîchère achevée. Cette situation rend le maraîchage peu attractif, mais aussi limite la capacité de production et d’adaptation face aux défis actuels, à en croire certains observateurs.
Les maraîchers regrettent que les ONG et l’État ne fassent pas assez pour soutenir le secteur. « Quelques localités ont bénéficié de puits maraîchers, mais c’est insignifiant. L’annonce de la création des zones d’aménagements agricoles planifiées (ZAP) avait suscité de l’espoir, mais au fil du temps, on se rend compte que c’était juste une annonce de plus », s’indigne un maraîcher ayant requis l’anonymat.
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Pour trouver une solution, les producteurs réclament des forages. « Il faut qu’on nous accompagne avec des forages photovoltaïques. Un forage avec un bon débit peut alimenter 15 à 20 producteurs », soutient Mélanie K., à Namontong, un village à forte production maraîchère dans la préfecture de Tône.
Une saison maraîchère ratée risque d’impacter sérieusement la sécurité alimentaire. La région des Savanes vit déjà une double crise sécuritaire et humanitaire depuis bientôt trois ans, conséquence des incursions djihadistes dans certaines préfectures.
François BANGANE