Six ans après les manifestations sanglantes de décembre 2018, le Togo reste enlisé dans une impasse politique. Alors que les réformes promises n’ont jamais répondu aux aspirations populaires, la crise sociopolitique s’éternise, reflétant les conséquences d’un rendez-vous manqué avec l’histoire.
Le 10 décembre 2018, alors que le monde célébrait le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Togo s’enlisait dans des scènes de violence qui allaient marquer un tournant dans sa crise sociopolitique.
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Les manifestations, organisées par la coalition des 14 partis d’opposition (C14) pour empêcher les législatives prévues le 20 décembre 2018, avaient donné lieu à une répression sanglante. Des affrontements à Sokodé, Lomé, et plusieurs autres villes avaient coûté la vie à plusieurs personnes, selon des bilans divergents : sept morts, selon l’opposition, et deux, selon les chiffres officiels.
Le temps s’est écoulé, mais cette période trouble continue de hanter la mémoire collective, d’autant plus que les revendications centrales (le retour à la Constitution de 1992 et l’instauration d’un cadre électoral inclusif) restent non satisfaites.
Les réformes opérées par les députés issus des législatives controversées du 20 décembre 2018, boycottées par l’opposition, ont plutôt débouché sur une impasse constitutionnelle. L’instauration d’un régime parlementaire a creusé davantage le fossé entre le pouvoir et une large frange de la population.
Une crise sans fin
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Les manifestations populaires qui ont commencé le 19 août 2017 s’étaient installés dans la durée. Les dernières, en décembre 2018 visaient à stopper un processus électoral jugé non inclusif, symbole du refus du pouvoir d’écouter les appels au dialogue sincère. Ce rendez-vous manqué a, depuis, alimenté une dynamique de méfiance entre les acteurs politiques, paralysant toute tentative de réconciliation durable.
Le régime parlementaire, instauré à la fin du mandat des députés élus en 2018, a accentué les tensions politiques. Ce système, censé théoriquement permettre un meilleur équilibre des pouvoirs, est vu par beaucoup comme un moyen pour le régime en place de verrouiller davantage les institutions. Les revendications de l’opposition pour des réformes constitutionnelles et électorales restent lettre morte.
La répression de décembre 2018 a aussi marqué un tournant pour l’opposition togolaise. Divisée et affaiblie, elle peine aujourd’hui à fédérer les forces nécessaires pour proposer une alternative crédible. Les erreurs stratégiques, notamment le boycott des élections législatives de 2018, ont laissé un champ libre au parti au pouvoir pour consolider son emprise.
Aujourd’hui, le pays est loin d’être pacifié. Les problèmes structurels qui alimentent les frustrations (pauvreté endémique, chômage massif, corruption, et mauvaise gouvernance) persistent, exacerbant les tensions sociales. L’impasse actuelle est le résultat d’une accumulation de rendez-vous manqués, où le dialogue politique a souvent été sacrifié sur l’autel des intérêts partisans.
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En ce jour de commémoration, il est impératif que les acteurs politiques togolais se remémorent l’urgence de reconstruire un avenir commun sur les cendres de ces tragédies. Le sang versé en décembre 2018 appelle à une introspection collective pour éviter que l’histoire ne se répète. Malheureusement, le pays semble s’enfoncer davantage dans une impasse généralisée.
François BANGANE