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Togo- Les marchés et les flammes : les failles profondes d’un système qui a abandonné les préoccupations du peuple

by L'Alternative
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Incendie du marché d'adidogomé

Depuis douze ans, un étrange mariage semble scellé entre Héphaïstos, dieu du feu, et les marchés du Togo, qui partent en fumée l’un après l’autre. Tandis que les flammes consument espoirs et économies, le silence assourdissant des dirigeants face à ces drames interroge, laissant les victimes seules face à leurs pertes et à une désolation croissante.

Comme en 2023, les commerçants du Togo clôturent l’année 2024 sous le signe de la désolation. Quatre mois après l’incendie du marché de Kégué à Lomé et quatre jours seulement après l’incendie partiel de celui d’Amou-Oblo, c’est le marché d’Adidogomé qui a été visité par les flammes. Alors que les populations des environs se réjouissaient dans l’effervescence des festivités du réveillon de la Saint-Sylvestre, elles ont été alertées par des colonnes de fumée.

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La mobilisation rapide et coordonnée des agents municipaux, des portefaix et de la population a permis de circonscrire les flammes et d’éviter un désastre encore plus grand. Néanmoins, ces efforts spontanés n’ont pu sauver les marchandises, les espoirs et, parfois, les rêves d’une vie.

Depuis 2013, les commerçants togolais vivent dans une angoisse permanente marquée par des incendies de marchés. Pour certains observateurs, cette situation serait  devenue  une tragédie presque banale au Togo. De Lomé à Kara, en passant par Amou Oblo, l’histoire se répète : des marchés partent en fumée, plongeant des familles dans la précarité.

Et,  depuis douze ans, seul le marché de Kara a pu être reconstruit. Si le bâtiment principal de celui d’Adawlato est toujours en chantier, ceux d’Agoè Assiyéyé ou de Kégué offrent un contraste douloureux avec l’abandon criant des sites incendiés.

Cette incapacité à reconstruire les marchés détruits révèle un manque de volonté politique flagrant. Le gouvernement s’entête à proposer des infrastructures marchandes qui semblent tout droit sorties d’une autre époque : de simples hangars ruraux, parfois envahis par les herbes et fréquentés davantage par les animaux que par les humains.

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Ces infrastructures vieillottes et mal pensées peinent à attirer les commerçants, qui préfèrent souvent improviser leurs activités dans des zones non réglementées. Pire ces marchés ne comportent aucun système de sécurité permettant d’éviter au maximum les incendies ou de circonscrire rapidement les flammes au cas où elles venaient à déclencher.

Pendant ce temps, tout près, au Bénin voisin, des marchés ultramodernes fleurissent, affichant un modèle de développement qui n’a rien de commun avec la stagnation togolaise.

Au Togo, la liste des marchés emportés par la furie des flammes ne cesse de s’allonger au fil des années. Le drame des marchés incendiés est le miroir d’un pays où « tout est pour les gouvernants, rien pour le peuple ».

Tandis que les commerçants appauvris pleurent leurs pertes, le Conseil d’administration de l’EPAM (Établissement public autonome pour les marchés) se partage des millions et des bons de carburant. Dans un Togo dirigé depuis deux décennies par Faure Gnassingbé, les priorités semblent inversées.

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Le pays manque cruellement d’infrastructures de base : des routes sont dégradées ou inexistantes, l’eau potable demeure un luxe inaccessible pour une grande partie de la population. Des salles de classe en paillotes et des écoles décoiffées attendent désespérément des réhabilitations et les centres de santé se font rares, notamment dans les zones rurales.

Entre la misère des populations et le confort  des dirigeants, dont les privilèges s’affichent sans pudeur, le constat est saisissant.

Le cycle infernal des incendies de marchés au Togo témoigne une fois de plus de l’échec de la gouvernance à répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens. Ces drames, loin de se résumer à de simples catastrophes matérielles, révèlent les failles profondes d’un système qui semble avoir abandonné les préoccupations du peuple. Les flammes des marchés pourraient-elles être le déclencheur d’une prise de conscience nationale ?

François BANGANE

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