La commune de Kpendjal 1 a créé la surprise le 16 octobre 2025 en élisant la plus jeune maire du Togo. Âgée de seulement 26 ans, Kouyénini Lamboni succède à Sambiani Arzouma à la tête de la mairie de Kpendjal 1. Un choix qui résulte d’une guerre d’influence entre les cadres locaux du parti au pouvoir. Presbytère
Programmées initialement pour les 2, 3 et 4 septembre, puis reportées aux 10, 11 et 12 septembre, et enfin aux 17, 18 et 19 du même mois, les sessions consacrées à l’élection des maires avaient été suspendues in extremis le 16 septembre pour une date ultérieure.
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À l’époque, des observateurs attentifs évoquaient déjà des dissensions internes, tandis que des sources proches du pouvoir tentaient de faire croire qu’il ne s’agissait que d’un simple problème de calendrier. En réalité, des tensions profondes secouaient bel et bien la majorité.
C’est un secret de polichinelle : les maires de la majorité ne sont pas élus, mais désignés par la hiérarchie du parti. Les sessions électorales n’ont servi qu’à entériner ces choix. Cependant, les nominations décidées au sommet n’ont pas fait l’unanimité parmi les cadres locaux.
Dans la région des Savanes notamment, des “mains noires” auraient modifié la liste des candidats retenus dans certaines communes, dont Kpendjal 1 et 2. Cette manœuvre, rapidement signalée au secrétariat exécutif du parti et à la présidence, aurait provoqué le report du scrutin du 16 octobre afin de faire la lumière sur l’affaire. Finalement, les auteurs de ces modifications et leurs protégés ont été écartés.
Dans le Kpendjal, cette recomposition a permis au sénateur Sambiani Yentéma de régler ses comptes avec le député-maire sortant et secrétaire préfectoral d’UNIR, Sambiani Arzouma.
« C’était presque une querelle ouverte entre le chef de délégation et le maire sortant devant les élus. L’ex-ministre Noupokou a accusé le maire sortant de s’être accaparé tous les postes : député, maire et secrétaire préfectoral du parti. Ce dernier a répliqué que c’est le parti qui lui avait fait confiance », confie une source locale.
Selon plusieurs témoignages, le sénateur Sambiani Yentéma aurait proposé les noms des deux maires de la préfecture de Kpendjal.
« Il n’a pas voulu choisir sa nièce, Sambiani Noélline, car cela aurait été trop voyant. Parmi les élus, il a estimé que Kouyénini serait plus facile à manipuler », ajoute une autre source.
C’est d’ailleurs lui qui aurait encouragé la jeune femme à se présenter comme conseillère municipale. En clair, l’actuelle maire de Kpendjal 1 n’est autre qu’une marionnette du sénateur.
Le sénateur ne cache d’ailleurs pas son intention d’avoir la main sur la gestion des communes de sa préfecture. La preuve : le soir même de l’élection des maires, il a réuni tous les élus locaux des deux communes pour leur donner des instructions précises. Il leur aurait intimé de ne rendre aucun compte au député et de ne répondre à aucune de ses convocations.
Devant l’assistance, il aurait martelé que les conseillers municipaux ne doivent rendre compte qu’au sénateur. Un ordre qui illustre clairement sa volonté de contrôler, dans les moindres détails, la gestion locale.
À la tête de l’une des communes les plus pauvres du Togo, où l’eau potable demeure une denrée rare, une jeune fille de 26 ans, sans expérience politique ni professionnelle, se retrouve propulsée à la tête de la mairie — non pour servir les contribuables, mais pour satisfaire les ego de certains barons locaux.
« Elle a failli faire une crise lorsque l’enveloppe a été ouverte et que son nom a été lu comme celle choisie par le parti pour occuper le poste de maire. Elle a failli tomber de son siège, et ce sont les autres présents dans la salle qui l’ont retenue », raconte une source témoin de la scène.
François BANGANE