Home Société Togo- WACEM : quand le sang et la sueur des Togolais enrichissent les Indiens

Togo- WACEM : quand le sang et la sueur des Togolais enrichissent les Indiens

by Isidore kouwonou
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Des ouvriers aspirés par des machines de l’usine et morts sur le coup, d’autres brûlés au troisième degré, abandonnés à l’hôpital à la charge de leur pauvre famille, travailleurs côtoyant le danger tous les jours au sein des usines et vivant dans une misère indescriptible… le ciel semble tomber sur la tête des employés de West African Cement S.A (WACEM) de Tabligbo. Qui pour aller au secours de ces Togolais perdus dans les mains des Indiens dont la proximité avec les proches du régime de Faure Gnassingbé n’est plus à démontrer ? La grève de 72 heures observée par les travailleurs cette semaine peut-elle les sauver ? Voyage dans l’enfer WACEM où les employés vont en retraite dans le ventre des machines.

Le « plus jamais ça à Wacem » lancé par des autorités togolaises et des responsables de cette entreprise en 2015 à la suite de l’explosion meutrière, n’a été visiblement qu’une feuille morte emportée par le vent. Cet accident regrettable (qui aurait pu être évité) qui a coûté la vie à six (06) personnes, endeuillant de nombreuse familles, n’a pas servi de leçon aux Indiens.

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Plus de onze (11) ans après, les mêmes pratiques qui ont entrainé ce drame courent toujours au sein de l’entreprise. Les accidents de travail se multiplient, faute de mesure de sécurité que devraient prendre les Indiens pour protéger leurs employés qu’ils paient d’ailleurs très mal.

Conditions de travail inhumaines à WACEM

L’usine de Wacem a démarré ses activités en 1996 après avoir racheté les installations de Ciment de l’Afrique de l’Ouest (CIMAO) créé par les gouvernements du Togo, du Ghana et de la Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui, ce sont des Togolais qui font tourner l’usine à 90%, mais travaillent dans des conditions difficiles et inhumaines. Salaires dérisoires, la plupart (même ceux qui ont BAC+) sont payés au SMIG sans déclaration à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), pas de contrat pour certains.:

Voici la machine qui a aspiré un ouvrier

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Et lorsque les travailleurs essaient de réclamer de meilleures conditions de vie et de travail, leurs propres frères togolais à l’instar de Ahialey, directeur des relations publiques, Doumenyo et de Kuwonu, lui, admis à la retraite depuis 23 ans mais qui refuse de partir, se mettent en complicité avec les Indiens pour saper les efforts des travailleurs. « Les travailleurs togolais souffrent à Wacem. Ils font tout le travail, mais perçoivent des salaires de misère », indique un membre du syndicat des travailleurs de la boîte.

Les ouvriers travaillent près des machines dont la température avoisine 1 000 ou 1 500 degrés, mais n’ont pas de matériels de protection adéquats. Les dispositifs pour la sécurité des travailleurs sont quasi nuls.

Dans une usine où les employés sont confrontés à la poussière, il leur faut un matériel de protection particulier, des cache-nez adaptés. « On nous donne un cache-nez artisanal et un autre KN95 pour un mois. Comment est-ce possible ? Cela veut dire qu’on nous considère comme des objets », s’indigne un employé qui s’est confié à notre Rédaction.

Les chaussures adaptées que les travailleurs doivent porter dans les usines font défaut. La plupart des chaussures que portent les employés sont usés. Mais l’entreprise ne les remplace pas, mettant ainsi les ouvriers en danger.

Des cache-nez artisanal que les travailleurs doivent utiliser pendant un mois

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En février 2024, un ouvrier a trouvé la mort dans l’usine, aspiré par une machine, un orifice qui constitue une valve de sécurité d’une de séchage avec une température avoisinant 1000 à 1500 degré.

Le 21 juin 2025, trois ouvriers ont été grièvement brûlés par la farine au cyclone au sein de l’usine. Ils ont été envoyés la nuit pour déboucher un cyclone qui a fait du bourrage, alors qu’ils n’étaient pas qualifiés pour ce travail. La farine du cyclone s’est alors déversée sur eux. Celui dont le cas a été grave (confère image) a été laissé à l’hôpital, souffrant entre les mains de sa famille qui n’a pas les moyens de s’occuper de lui.

En plus de cela, il existe au sein des usines un harcèlement moral des travailleurs fait d’injures, de traitements inhumains et dégradants, de tortures psychologiques de la part des responsables. Un nommé John qui est le Manager général est pointé du doigt dans ce domaine.

« Lui, il se croit tout permis. Il a réussi à faire partir tous ceux qui n’arrivent pas à supporter ses harcèlements quasi quotidiens ».

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Risques sanitaires

Au sein de l’usine, les travailleurs ont difficilement accès à l’eau potable. Ils paient l’eau. Les sanitaires sont devenus des porcheries.

Dans l’enceinte de l’usine et aux alentours, des flaques de fuels qui coulent des machines forment de petits lacs. A certains endroits, le fuel coule jusque dans les champs des populations. Ce qui constitue un danger pour les cultures des pauvres paysans.

Des sanitaires qui ressemblent à des porcheries

Ces lacs de fuels, selon les employés, sont un risque de maladie pour eux et leurs familles. A cela s’ajoute la poussière provenant de l’usine, qui se répand dans tout le village. Alors que des dispositions pouvaient être prises pour empêcher cette situation dangereuse imposée à la population.

Privilèges aux Indiens débarqués à Lomé

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Au même moment où les responsables de l’usine de Wacem maintiennent les travailleurs togolais dans la misère en complicité avec d’autres frères togolais, ils font venir depuis l’Inde leurs compatriotes à qui ils paient grassement.

C’est ainsi que des travailleurs expatriés, la plupart des Indiens, débarquent dans l’usine sans permis de travail. Ils font plus de 10 ans, certains même 15 ans dans l’usine en violation du code de travail. « Certains arrivent avec de faux visas, apprennent de nos frères togolais et sont beaucoup mieux payés », souligne un employé.

Ces Indiens sont aussi spécialistes dans l’évasion fiscale. Une enquête publiée par L’ALTERNATIVE « Panama Papers » en collaboration avec le journal français « Le Monde » en 2016, a révélé les méthodes mises en place par ces Indiens pour nourrir ce circuit d’évasion fiscale.

Les employés n’en peuvent plus, la grève

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Les incessants appels des travailleurs de Wacem pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail ont toujours tombé dans les oreilles de sourds. Les responsables indiens n’ont visiblement que faire de la détresse de la masse ouvrière grâce à qui cette usine fonctionne et produit de la richesse pour ces expatriés spécialistes des évasions fiscales.

Fumée de poussière dégagée par l’usine et qui se répand dans les villages environnant

Déjà en novembre dernier, les travailleurs avaient observé 72 heures de grève pour protester contre l’inertie de la direction générale de Wacem vis-à-vis de leurs préoccupations. « Cette décision de notre organisation syndicale d’observer une grève est consécutive aux échecs répétitifs, depuis plus de 4 ans, des négociations sur les revendications des salariés de Wacem avec la direction », note-t-on dans un courrier envoyé aux responsables de l’entreprise.

Entre autres, les travailleurs réclamaient des « salaires justes et équitables pour tous les travailleurs de Wacem et des sous-traitants suivants leurs qualifications professionnelles, les postes effectivement occupés, les responsabilités assumées et les efforts fournis par chaque catégorie de personnes… ».

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Mais ces revendications n’ont pas trouvé échos favorable auprès des Indiens. Depuis le début de l’année 2026, les travailleurs ont renoué avec cette bataille pour la survie dans les usines de Wacem. Plusieurs rencontres du syndicat avec la direction générale de Wacem, la direction générale du travail, les autorités de la préfecture de Yoto et d’autres protagonistes, ont déjà eu lieu.

Rivière de fuel qui coule jusque dans les caniveaux et dans les champs de la population

Après un nouveau préavis de grève, une rencontre s’est tenue entre les protagonistes le 5 mai 2026 à la Direction régionale du travail et des lois sociales Maritime à Tsévié. Constatant que le représentant de Wacem, Kuwonu Fogan ne dispose pas de pouvoir pour décider ou rendre compte de l’état d’avancement de la demande de reclassification (l’une des principales revendications des travailleurs), le représentant du Syndicat démocratique des mines (SYDEMINES) a demandé sa démission.

Les travailleurs ont donc réclamé la présence du directeur d’exploitation et le directeur financier, qui sont à même de pouvoir discuter lors des négociations. Le directeur régional du travail a dû suspendre la séance pour une autre rencontre le 26 mai 2026. Mais aucun responsable de Wacem n’a daigné répondre à cette invitation.

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Un préavis de grève a alors été déposé le 1er juin pour une grève de 10 jours. Les travailleurs réclament l’application effective des conclusions des travaux techniques relatif à la classification salariale conformément aux conventions collectives en vigueur, la mise en place d’une prime de transport, l’instauration d’un système de rémunération juste et équitable tenant compte des postes réels occupés.

Un des lacs de fuel

Lors d’une rencontre à l’inspection du travail pour discuter de ce troisième préavis de grève, les représentants de Wacem ont indiqué que seul le Manager général est à même de discuter ces points avec les travailleurs, mais qu’il était en voyager et ne reviendrait que le 16 juin 2026.

Un argument que les syndicats, le délégué du personnel et les travailleurs qualifient de dilatoire puisque ceux qui étaient présents à cette réunion sont aussi des décideurs dans la boîte. Une autre séance de travail s’est tenue à la direction générale de Wacem entre les protagonistes. Mais les subterfuges des responsables ont fini par pousser les travailleurs à entrer en grève le mercredi 17 juin dernier.

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Une vidéo dont notre Rédaction a eu possession, montre que l’usine de Wacem a été à l’arrêt, avec absence remarquée des travailleurs. « L’employeur a toujours usé du dilatoire. Il nous a dit qu’il a recruté un consultant pour vérifier les travaux de reclassification. Et ce consultant n’est autre que Monsieur Douamenyo, un ancien directeur général du travail qui soutient les Indiens, en complicité avec Kuwonu Fogan », dénonce un employé.

Dans la foulée de ces négociations, les ministres de la Fonction publique, des Mines et de l’Environnement, en mission de contrôle, sont passés dans les usines à Wacem, Scan et dans les carrières de Tsévié le 2 juin dernier. « Ils ont relevés les manquements au sein de l’entreprise, notamment l’absence du social, les salaires dérisoires, les sanitaires impropres, l’absence d’eau potable, les lacs artificiels dans les usines, les fuels qui coulent jusque dans les caniveaux et dans les champs », renseigne un délégué.

Image de la population accourue dans l’usine après l’explosion de 2015 qui a coûté la vie à plusieurs personnes

Dans les usines de Wacem, Scan et autres, les employés travaillent comme des fous, mais sont misérablement rémunérés. Ils côtoient la mort au quotidien. Ils veulent arrêter cette situation. Mais les autorités togolaises ne semblent pas disposer à les accompagner ou à aller à leur secours.

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Pendant ce temps, les Indiens continuent d’organiser l’évasion fiscale comme révélée dans l’enquête de « Panama Papers ».

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