En fixant le prix du labour mécanisé à 40 000 francs CFA l’hectare, le ministre Antoine Gbégbéni expose une fois encore l’absurdité d’une gouvernance déconnectée. Derrière cette décision, un profond mépris pour les réalités du monde rural et un nouvel aveu d’échec après vingt ans de politiques agricoles sans impact.
Au Togo, le régime de Faure Gnassingbé continue son naufrage. Dans le creux de la vague ces derniers jours, Faure Gnassingbé et son clan tentent désespérément de rassurer, comme toujours avec des initiatives déconnectées du terrain.
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La dernière note du ministre de l’Agriculture, Antoine Lékpa Gbégbéni, annonçant la mise à disposition d’un tracteur par préfecture pour la campagne agricole en cours, révèle à quel point les dirigeants togolais sont hors sol. Analyse d’un énième aveu d’échec après vingt ans de promesses non tenues.
Par note de service n° 0558 /2025.CAB/SG en date du 2 juin 2025, le ministre Gbégbéni annonce la mise à disposition d’un tracteur par préfecture dans le cadre de la promotion de la mécanisation agricole. Jusque-là, l’annonce pourrait sembler prometteuse, mais le diable se cache dans les détails : le coût du labour est fixé à 40 000 francs CFA l’hectare. Un montant totalement à côté des pratiques actuelles et de la réalité économique des paysans.
Dans les zones rurales de la région des Savanes, par exemple, le labour attelé est facturé à 25 000 francs CFA, et même la version mécanisée proposée par les entrepreneurs agricoles privés ne dépasse pas 35 000 francs CFA sur la majorité du territoire national.
En fixant un tarif au-dessus du marché, le ministre exclut de facto les producteurs les plus pauvres, ceux-là mêmes que la politique agricole prétend soutenir. Comment un agriculteur qui peine à nourrir sa famille peut-il mobiliser 40 000 francs pour labourer un seul hectare ?
Ces tracteurs, acquis avec l’argent du contribuable, devraient être au service de l’intérêt général. Pourtant, loin d’être un soutien, ils deviennent un business lucratif pour l’administration agricole locale.
Autre contradiction : comment des biens publics peuvent-ils être utilisés pour pratiquer des prix plus élevés que le privé ? Où se trouvent alors l’équité et l’inclusion dans l’accès aux moyens de production ? Pire encore, la mise à disposition d’un tracteur par préfecture sonne comme une farce dans un pays essentiellement agricole.
Dans les pays voisins, la politique de mécanisation agricole a permis la mise en place de pools de tracteurs par commune, sans oublier l’acquisition directe par les producteurs grâce à des subventions ciblées.
Par cette circulaire, le ministre Gbégbéni confirme la politique agricole erratique et inefficace, sans vision, de Faure Gnassingbé.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2005, les projets et programmes se sont succédé : PNIASA, PADAT, PASA, PPAO, sans jamais apporter de transformation notable dans le secteur. Ce constat d’échec est indissociable de l’incompétence notoire de ceux qui dirigent, souvent parachutés à la tête de départements sensibles sans maîtrise des enjeux de terrain.
François BANGANE