Manglibé Martial Kérézouè est préparateur physique à Lomé, titulaire de la Licence C CAF, formé à l’INJS. Il intervient au Rhonifitness Centre et à Planète Foot Togo.
Le 12 avril 2026, les Éperviers U-17 féminines ont concédé leurs deux buts aux 16e et 65e minutes face au Ghana. Ce n’est pas un accident de calendrier. C’est le symptôme d’un manque structurel que neuf ans de terrain permettent d’identifier avec précision : l’absence de préparation physique dans le football féminin togolais.
Il y a un chiffre que je n’arrive pas à quitter depuis hier soir : 65. C’est la minute à laquelle le Ghana a inscrit son deuxième but contre les Éperviers U-17 féminines, au stade de Kégué. Soixante-cinq minutes. Pas en début de match, pas sur une erreur isolée mais au moment précis où le corps commence à lâcher ce que la tête voulait encore tenir.
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Ce n’est pas une coïncidence. C’est un schéma
Depuis neuf ans, je travaille comme préparateur physique à Lomé, au Rhonifitness Centre et à Planète Foot Togo avec des U-15. J’observe nos athlètes. J’observe nos équipes. Et ce que je vois, match après match, catégorie après catégorie, c’est la même chose : un effacement progressif en seconde période. Une baisse d’intensité. Une lucidité qui se dégrade exactement au moment où il faudrait l’augmenter. Ce n’est pas un problème de talent. Ce n’est pas un problème de mental. C’est un problème de préparation.
Ce que le sélectionneur dit est juste. Ce qu’il ne dit pas est le problème
J’ai lu les déclarations de Ben Tété Adzakpa après la défaite de dimanche. Et je veux être honnête : sur la vision, il a raison. Construire une génération plutôt que courir après un résultat, ne pas brûler les étapes, donner aux joueuses un bagage complet : technique, mental, physique. Tout cela est juste. C’est même courageux à formuler après une défaite à domicile.
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Mais une vision sans infrastructure physique n’est pas une vision à long terme. C’est un projet à moyen terme avec une fuite intégrée.
Le sélectionneur cite lui-même le manque d’exposition compétitive par rapport au Ghana. C’est réel. Mais l’exposition ne construit pas l’endurance. Ce que le Ghana a en plus, ce ne sont pas seulement plus de matchs joués. Ce sont des joueuses dont les corps ont été entraînés à performer sous fatigue, pas seulement à performer quand elles sont fraîches. Cette différence-là ne se comble pas avec de l’ambition. Elle se programme, elle se mesure, elle se construit sur des cycles minimum de huit à douze semaines.
Ce que la physiologie dit et que nos planifications ignorent
Les études en sciences du sport sur les compétitions féminines de haut niveau (UEFA, CAF) documentent un maintien d’intensité significativement supérieur chez les équipes ayant intégré un programme de préparation physique sur cycle long. Ce maintien d’intensité ne vient pas du talent individuel. Il vient d’un travail spécifique : habituer le corps à exécuter des gestes techniques sous pression physique, à décider vite quand les muscles brûlent, à sprinter une fois de plus quand tout dit non.
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Ce travail-là n’existe quasiment pas dans notre environnement sportif.
On entraîne nos athlètes quand ils sont frais. On leur demande d’être performants quand ils sont épuisés. Ces deux réalités ne se rejoignent jamais dans la planification. Le résultat : des joueuses qui savent jouer, mais qui ne savent pas encore tenir.
Construire une génération, c’est aussi construire des corps
Le projet U-17 féminin existe depuis moins d’un an. Soit. On ne juge pas une construction sur ses premiers mois. Mais on peut, et on doit, s’assurer que les fondations sont correctes. Et une fondation correcte, cela signifie un préparateur physique qualifié dans le staff permanent de cette sélection, dès maintenant.
Ce n’est pas un luxe importé d’Europe. C’est une condition de base pour que la vision du sélectionneur ait une chance de tenir sur 90 minutes.
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Le sélectionneur veut éviter de mettre de la pression sur ses jeunes joueuses. L’intention est bonne. Mais la pression n’est pas l’ennemi, Le manque de préparation à la supporter l’est. Un corps bien préparé physiquement gère mieux le stress compétitif. C’est documenté. C’est mesurable. Et c’est ce qui, concrètement, sépare une équipe qui tient d’une équipe qui s’efface.
Ce qu’il faut faire
Pas une révolution. Pas un budget de sélection européenne. Quatre choses précises :
Premièrement, l’intégration d’un préparateur physique certifié dans le staff permanent de la sélection U-17 féminine.
Deuxièmement, un programme de préparation sur cycle long, huit à douze semaines minimum, avant chaque fenêtre compétitive, pas seulement des séances d’activation la veille des matchs.
Troisièmement, une formation des entraîneurs techniques aux bases de la physiologie de l’effort, pour qu’ils comprennent ce qu’ils voient en seconde période.
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Quatrièmement, une mesure systématique de l’intensité maintenue en seconde période. Pas seulement du score final. Parce qu’on ne corrige pas ce qu’on ne mesure pas.
Ce projet mérite mieux que de bonnes intentions
Ben Tété Adzakpa a construit quelque chose. Il a eu le courage de dire que ce projet allait au-delà de ces éliminatoires. Je le crois. Et c’est précisément parce que je le crois que je prends la parole aujourd’hui, non pour démonter, mais pour compléter.
Une vision sans préparation physique intégrée reste une déclaration d’intention. Ces joueuses ont le talent. Elles ont le sélectionneur. Il leur manque les corps préparés à aller au bout de ce que leur tête projette.
65e minute. Ce chiffre peut changer. Mais pas tout seul.