Me François Boko, ancien ministre togolais de l’Intérieur qui avait démissionné de son poste en 2005 afin d’éviter d’être caution des massacres préparés et réalisés à l’époque pour permettre à Faure Gnassingbé de s’installer au pouvoir, vient de publier ce 03 juillet 2025 une déclaration sur les répressions criminelles contre de jeunes manifestants pacifiques la semaine dernière à Lomé. Il y décrypte l’ADN d’un régime dictatorial sur lequel est inscrit la violence comme moyen d’accession et de conservation du pouvoir.
C’est sans doute à travers son regard d’ancien patron du ministère de l’Intérieur que Me François Boko a analysé les tragiques évènements qui se sont déroulés dans la capitale togolaise ces 26, 27 et 28 juin 2025, lesquels ont réveillé dans la mémoire des Togolais sur les horribles crimes qui jalonnent le règne des GNASSINGBE au Togo.
Dans cette tribune marquée par 5 points majeurs, Me Francois Boko a d’abord rendu hommage non seulement aux victimes de ces 3 jours de manifestations, mais également à tous les martyrs des 60 ans de pouvoir de la famille Gnassingbé, en regrettant que « si rien n’est fait pour faire partir ce clan et ses affidés, il y aura (d’autres victimes, ndlr) ».
Il exprime tout son soutien à cette jeunesse togolaise qui, bien que meurtrie, s’est levée pour réclamer « sans arme » la possibilité de construire son avenir sur sa terre natale.
Pour 72 heures de manifestations, le bilan est lourd
Rappelant le lourd bilan de la répression sanglante, soit 7 morts dont des corps retrouvés dans la lagune de Lomé, des centaines de blessés graves, des arrestations et enlèvements au domicile de supposés manifestants, l’ex ministre de l’Intérieur note « une violence cyclique » du régime cinquantenaire au Togo.
Car les agissements barbares des 72 heures de manifestations ont été déjà vécus par les Togolais : citoyens tués et jetés dans la lagune (24 corps repêchés en avril 1991), 400 morts en 2005 sur lesquels Faure Gnassingbé dressé le lit de son pouvoir, répression, tortures et arrestations arbitraires en août 2017.
Il s’agit d’actes prémédités dont les témoignages documentés vont permettre d’engager des poursuites en responsabilités pénales des exécutants (…) et donneurs d’ordre.
Au cœur de son analyse, Me François Boko révèle le « caractère prémédité et perfide » de la répression sanglante « orchestrée par des hommes cagoulés vêtus d’uniformes des forces de sécurité avec l’appui des supplétifs en tenue civile agissant telles des milices encadrées ».
Puisqu’à la veille de des manifestations, constate-t-il, « M. Gilbert Bawara, ministre de la Fonction publique et du Travail, lors d’une interview sur New World TV, prophétisait la possibilité pour les jeunes de s’organiser pour défendre la paix dans leurs quartiers ».
Et cela a été mis en œuvre à travers des « véhicules militaires peints aux couleurs et aux sceaux de la police et de la gendarmerie pour simuler les forces régulières de maintien de l’ordre » utilisés pour « déverser dans les rues des soldats exécutant sans ménagement des actes de tortures sur les manifestants aux mains nues ».
Ces actes totalement contraires au droit togolais et au droit international sur le maintien de l’ordre ont officiellement été salués par le gouvernement de Faure Gnassingbé qui a applaudi le professionnalisme des opérations et félicité les unités engagées.
« Il est particulièrement inquiétant de constater qu’après 20 ans de règne et en dépit d’énormes moyens financiers mobilisés par nos partenaires techniques et financiers au profit de la sensibilisation et la formation civilo-militaires sur la gestion des foules dans un contexte de maintien et de rétablissement de l’ordre républicain, l’Etat togolais n’arrive pas à encadrer une manifestation publique pacifique portée par sa propre jeunesse ».
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Malgré ces investissements, l’Etat togolais en est encore à « sous-traiter la violence à des milices pour réprimer les citoyens qui ne partagent pas les convictions politiques du clan au pouvoir ».
Il faut relever également la banalisation du régime de Faure Gnassingbé du travail accompli en 2012 par la CVJR financée par le PNUD, l’Union Européenne, la France et l’Allemagne à hauteur de 3 millions d’euros. Faure Gnassingbé continue d’employer des milices pour reproduire les mêmes cycles de violence.
Il est des moments où le devoir commande de dire, de nommer, de dénoncer et d’agir…
« Chers amis et partenaires traditionnels du Togo, il est des moments où le silence, même diplomatique, devient une dérobade, une faute et une caution à l’injustice et au désordre », ainsi Me François Boko interpelle la communauté internationale qui en janvier 2017 a su faire dégager le dictateur gambien Yahya JAMMEH sous la pression diplomatique du Nigéria et celle militaire du Sénégal.
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Il met en garde ces partenaires internationaux contre les habituelles manœuvres de diversions et « éléphants blancs » dont le régime togolais est expert pour les tromper sur la nature des crimes commis ces derniers jours à Lomé.
Soldats togolais, sachez-le, aucune dictature n’a jamais eu éternellement raison sur un peuple…
C’est avec cette interpellation que l’ancien patron de la sécurité intérieure rappelle aux soldats togolais leur « impérieux devoir de protéger le peuple dont ils sont l’émanation » et avec qui ils sont un « rendez-vous » pour cette cohésion civil-militaire rêvée au Togo.