Au Togo, Internet connaît des perturbations depuis une semaine. Les réseaux sociaux restent restreints, tandis que les autorités ont lancé une traque systématique contre les voix critiques en ligne. Critiquer le pouvoir, même dans une vidéo ou un message privé, peut désormais conduire à l’enlèvement, à la torture, voire à la mort. Une série d’arrestations ces derniers jours suscite une vive inquiétude au sein de l’opinion nationale.
Le climat politique togolais se durcit, y compris dans l’espace numérique. Depuis les manifestations du 6 juin 2025, les réseaux sociaux — en particulier TikTok, perçu comme un outil majeur de mobilisation contestataire — font l’objet non seulement de restrictions techniques, mais aussi d’une répression ciblée de leurs utilisateurs.
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Le pasteur Daglo-Agbodo Koffi, figure du Mouvement Martin Luther King (MMLK), a été arrêté le 25 juin pour des propos jugés subversifs dans un groupe privé sur WhatsApp. Après plusieurs jours de recherches, sa détention au SCRIC (Service central de recherches et d’investigations criminelles) a été confirmée. Il est accusé d’atteinte à la sûreté de l’État, pour avoir simplement exprimé une opinion.
Le 30 juin, Dora Dougbedji, mère de trois enfants, a été enlevée alors qu’elle se rendait à son travail à Lomé avec son nourrisson de cinq mois. Son “crime” : avoir critiqué le régime sur TikTok.
Retenue au SCRIC sans procédure légale, ses proches n’ont pu retrouver sa trace que 48 heures plus tard. Son nourrisson a été remis à la famille, tandis que ses deux autres enfants restent livrés à eux-mêmes.
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Les blogueurs sont désormais dans le viseur des autorités. Le 26 juin, en plein direct sur les réseaux, Yannick 228 a été violemment interpellé par un groupe de gendarmes. Sauvagement battu, il a été laissé pour mort. Sa famille indique qu’il se trouve actuellement dans un état critique dans un hôpital de la capitale.
Déjà, lors de la manifestation du 6 juin, plusieurs blogueuses avaient été arrêtées puis conduites à la gendarmerie de Djidjolé, où elles ont subi des tortures physiques et psychologiques, selon des témoignages recueillis sous anonymat.
Cette vague de répression numérique confirme un durcissement autoritaire du régime. Les téléphones sont confisqués, les conversations privées scrutées, les publications interprétées comme des menaces. L’espace de liberté qu’incarnaient autrefois les réseaux sociaux s’est transformé en piège.
Chaque fois que le régime est acculé, il ressort ses vieilles méthodes. Ce scénario rappelle les événements de 2017, lors des grandes manifestations organisées par le PNP de Tikpi Atchadam.
Face à cette dérive inquiétante, le MMLK appelle à une mobilisation du corps pastoral pour la libération de ses membres et invite la société civile à sortir de son silence.
Au Togo aujourd’hui, exprimer ses opinions sur les réseaux constitue un crime devant le régime autocratique qui a pris le pays en otage pendant 60 ans.
François BANGANE