Le collège d’Avocats en charge de la défense de Comlan Hugues Sossoukpè, journaliste, défenseur des droits de l’Homme et lanceur d’alerte béninois, est sorti de sa réserve afin de mettre en lumière une kyrielle d’incongruités émaillant la cavale judiciaire orchestrée sur la personne de ce dernier. De son kidnapping en Côte d’Ivoire à son calvaire actuel à la prison civile de Ouidah, les avocats apportent des clarifications importantes.
Depuis début juillet dernier, le journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpè, également défenseur des Droits Humains et lanceur d’alerte, est privé de sa liberté dans des circonstances défiant les règles basiques du Droit International. Les autorités ivoiriennes et béninoises mises en cause dans l’opération d’enlèvement du journaliste, bénéficiant du statut de réfugié au Togo, tiennent des versions alambiquées.
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Cette situation a amené les Avocats qui défendent Comlan Hugues Sossoukpè a publié ce 08 septembre 2025 un communiqué de clarification sur plusieurs aspects de cette affaire.
« En effet, pour semer la confusion dans l’opinion aux fins de légitimer l’arrestation arbitraire et hors de tout cadre procédural de Monsieur Comlan Hugues Sossoukpè, ils (les officiels ivoiriens et béninois, Ndlr) lui dénient pour les uns, sa qualité de journaliste de notoriété publique, pour les autres son statut de protégé international offert par l’Etat du Togo, sa résidence habituelle durablement établie à Lomé (Togo) et son droit inaliénable à la présomption d’innocence », lit-on dans ce communiqué qui précise que ni les autorités ivoiriennes ni celles béninoises ne contestent nullement que M. Sossoukpè s’est rendu en Côte d’Ivoire sur invitation des autorités dudit Etat dans le cadre d’un forum sur le numérique.
Pour rétablir la vérité des faits, le collège d’Avocats dont une partie officie au Barreau du Bénin et l’autre au Barreau de Paris, remet en lumière la qualité incontestable de journaliste de Comlan Hugues Sossoukpè, balaie du revers de la main les allégations d’une résidence habituelle de celui-ci en Côte d’Ivoire, dénonce la méconnaissance délibérée de son statut de réfugié, la qualification dite « régulière » de son extradition, la violation de la présomption d’innocence et les conditions inhumaines de détention du journaliste à la prison civile de Ouidah.
D’abord sur la qualité incontestable de journaliste de Comlan Hugues Soussoukpè, le communiqué rappelle qu’il est connu de tous que ce dernier est Directeur de publication du journal Olofofo, média indépendant et engagé, dont la diffusion et la crédibilité sont attestées tant au Bénin qu’à l’international. Tout porte à croire que c’est en reconnaissance de cette qualité professionnelle irréfutable que le ministère ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation a invitée M. Soussoukpè à participer à un forum sur le sol ivoirien.
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Ensuite sur l’allégation de la résidence habituelle en Côte d’ivoire du journaliste tenue par les autorités béninoises et relayée sur les réseaux sociaux, le communiqué indique que « depuis 2019, il (M. Soussoukpè) bénéficie d’une protection internationale en qualité de réfugié, reconnue par l’Etat togolais conformément à la Convention de Génève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ; il réside et mène sa vie en toute légalité au Togo, et n’a à aucun moment, perdu cette qualité ».
Par conséquent, l’argument avancé par le gouvernement ivoirien selon lequel il ignorait la qualité de réfugié de Comlan Hugues Soussoukpè, est manifestement inacceptable, précise le communiqué.
Pour corroborer leur argument, les avocats du journaliste notent que dès son arrivée en Côte d’Ivoire, celui-ci a présenté un titre de voyage officiel délivré par l’Etat togolais mentionnant clairement le statut de « réfugié », lequel document a été remis aux autorités ivoiriennes dans le cadre de l’organisation de son séjour et lors de son accueil.
Il s’ensuit que le « gouvernement ivoirien est pleinement responsable de la remise de Monsieur Soussoukpè à un Etat dans lequel il était en danger et en raison duquel une protection internationale lui a été accordée ».
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Pour les Avocats, « le gouvernement ivoirien, sauf à s’engager de faire de la terre ivoirienne un Etat non sûr pour les personnes en quête de survie et de sécurité, doit s’engager pour le rétablissement sans condition des droits de M. Sossoukpè ».
Par ailleurs, les avocats réfutent catégoriquement la qualification d’extradition régulière donnée à cette opération par les autorités ivoiriennes. Selon les dispositions du droit interne ivoirien et celles du droit international, aucune personne ne peut faire l’objet d’une extradition sans avoir été présentée à une autorité judiciaire compétente. Le transfert de M. Sossoukpè du territoire ivoirien vers le Bénin ne constitue guère une extradition au sens juridique du terme.
Tout en exigeant que cette illégalité soit reconnue et prise en compte comme vice dans la procédure en cours, les avocats attirent particulièrement l’attention des Ivoiriens sur l’atteinte que portent ces faits à la crédibilité et la démocratie de ce pays et plus généralement l’insécurité que cela dénote à l’égard des investisseurs dans le monde entier.
Il faut relever que le collège d’Avocats a également dénoncé la campagne médiatique de dénigrement à l’égard de leur client, déjà présenté comme coupable et « collabo des ennemis » en violation du principe sacro-saint de présomption d’innocence.
Détenu à la prison civile de Ouidah, M. Comlan Hugues Sossoukpè est objet d’un isolement strict selon ses avocats qui visiblement dos au mur, ont tenu à prendre l’opinion publique internationale témoin des injustices subies par un journaliste, défenseur des Droits Humains.