Comme plusieurs d’autres projets agricoles au Togo, celui de l’agropole de Kara financé à hauteur de 120 milliards de francs CFA par les partenaires a souffert dans les mains des pilleurs de la République. Des personnes bien connus de tous, mais qui ne sont jamais inquiétées pour leurs actes de banditisme et antipatriotes. (Photo : Une case qu’on appelle centre de transformation agricole dans ce projet).
La phase I a été financée à 40 milliards de francs CFA, selon les informations. La phase II de ce projet qui devrait transformer significativement le visage de certaines villes de la région de Kara et qui s’est révélée un véritable fiasco, a été financée à hauteur de 80 milliards de francs CFA.
Lire aussi : Togo- Le « Projet Riziculture à Djagblé », un véritable chaos social, agricole et économique
Ce projet a démarré en 2019 après avoir été approuvé par les partenaires, la BAD et la BOAD en 2018. Il devait être limité aux préfectures de Bassar, Dankpen, Doufelgou et Kéran pour des raisons techniques. Mais pour des raisons politiques, l’actuel ministre de l’Agriculture, Antoine Gbegbeni, un ami d’enfance de Faure Gnassingbé, l’a étendu dans tout Kara.

Le projet consiste à construire un parc agro-industriel, 11 centres d’agrégation et à aménager 30 000 hectares de terres pour les privés, ainsi que 3 barrages et périmètres irrigués. Au lieu de ces réalisations, le projet après des phases d’hésitation dues aux détournements d’argent, s’est lancé plutôt dans la construction des Zones d’Aménagement Agricole Planifiées (ZAAP).
Mais là aussi, ce sont des travaux mal faits, aujourd’hui non exploités malgré des millions, dit-on, dépensés dans l’achat des engrais et autres semences.
Dirigé d’abord par Essowè Batana, décédé par la suite, le projet agropole de Kara a été confié au Dr Akouvi Ari qui a d’abord joué le rôle du président du Conseil d’administration (PCA). Cet autre ami d’enfance du monarque n’a pas pu faire grand-chose dans le projet, passant son temps à se tirailler avec le personnel.
Lire aussi : Togo- Crise de vocation : pourquoi l’armée togolaise n’attire plus la jeunesse
Le controversé ministre de l’Agriculture Antoine Gbegbeni a fini par la déposséder du projet pour le confier à Ali Tagba comme coordonnateur, un autre prédateur dont les faits d’arme sont connus sur le Programme d’appui aux populations vulnérables (PAPV) qu’il a enfoncé. Il avait pour PCA un certain Djagni, repris de justice que les bailleurs n’ont pas aimé.
Ali Tagba a donc été imposé aux bailleurs puisque son schéma ne figure pas dans les clauses des financements de ce projet. Il dirige déjà les fonds de PAPV logé à la présidence, de manière opaque. Balancé à la tête du projet agropole de Kara, il va continuer, feignant d’ignorer les objectifs du projet, les aménagements des ZAAP.
En réalité, c’est une diversion bien concoctée par Tagba puisque les ZAAP lui permettent plus facilement d’attribuer des marchés à ses propres sociétés-écrans, et en même temps de faire des champs et autres aménagements à ses amis, notamment le ministre de l’Agriculture, Antoine Gbegbeni.
Plus que le PAPV, les fonds de l’agropole sont faciles à détourner pour Ali Tagba qui a finalement construit aujourd’hui un nouveau grand château plus luxueux.

Ayant étendu le projet dans toute la région, en se consacrant uniquement aux ZAAP, il faut alors trouver plus de terre dans une zone densément peuplée. Des conflits fonciers ont commencé avec les populations d’Assoli, de la Binah et de la Kozah. Selon les informations, c’est suite à ces mélis-mélos que Faure Gnassingbé a décidé de se rendre sur le terrain pour constater l’évolution du projet.
Mais le chef de la minorité pilleuse qui bénéficie d’une impunité totale a découvert un agroparc totalement inexistant, personne ne sait plus à quand sa construction. Le fiasco concerne également des centres d’agrégation dont les travaux ont démarré depuis 2021 pour six mois, mais qui se retrouvent avec des chantiers abandonnés et sans espoir. Même concernant les ZAAP qu’Antoine Gbegbeni, Ali Tagba et le repris de justice Djagni crient comme réussite, à peine la moitié est réellement exploitée.
Lire aussi : Togo- Incapable de construire un Etat de droit, Faure Gnassingbé veut cacher sa dictature dans l’AES
24 Centre de transformation agricole (CTA) ont été déclarés. Mais 12 seulement sont exploités. Ali Tagba, le coordonnateur de l’unité de gestion fait transiter, selon nos investigations, des sommes colossales par le biais de PAPV pour avoir une main mise sur les fonds du projet agropole.

C’est dans ce désastre qu’on s’apprête encore à injecter un financement additif de 70 milliards de francs CFA des bailleurs pour la phase II de ce projet. Une dette que le Togo devra payer, mais qu’un groupe de personnes se partagent pour leurs propres intérêts. Ces individus se frottent d’ailleurs déjà les mains en préparant leurs sociétés-écrans.
Lire aussi : Togo- La liste des « prisonniers personnels » de Faure Gnassingbé augmente, les OSC se lèvent
Ils investissent les chantiers, mettant en mouvement quelques outils pour donner l’impression aux bailleurs comme s’ils conduisent vraiment le projet. Et Faure Gnassingbé qu’on dit être en colère après avoir découvert le pot-aux-roses, laisse ces voleurs dans la nature pour continuer le pillage sur ce projet normalement ambitieux.