Au Togo, le métier des armes souffre d’une crise de vocation. Alors que la partie septentrionale du pays est en proie aux attaques terroristes, l’armée semble avoir du mal à renouveler ses effectifs. Entre désertions, refus d’enrôlement et désintérêt généralisé, « la grande muette » présente le visage d’une institution fragilisée par les réalités brutales de la lutte contre les groupes armés.
Le recrutement militaire lancé pour le compte de l’année 2025 n’aura finalement pas lieu. Même si aucun communiqué officiel ne le confirme, c’est désormais un secret de Polichinelle.
Le communiqué du général Dimitri Allaharé, en date du 12 octobre 2024, invitant les jeunes togolais désireux de servir leur pays au sein des Forces armées togolaises (FAT), est resté sans suite. La période de réception des dossiers de candidature s’étendait du 14 octobre au 13 novembre 2024, et la date de l’écrit était fixée au 21 décembre 2024.
Mais plus d’un mois après la date prévue pour cet examen, c’est le silence total. Selon des indiscrétions, le recrutement a été tout simplement annulé. Même si aucune raison n’a été avancée, certaines sources révèlent que les candidatures ont été rares. Cette institution autrefois prisée perd désormais son attractivité.
Les jeunes, autrefois nombreux à répondre massivement aux appels à recrutement, tournent désormais le dos à la carrière militaire. Derrière cette désaffection croissante et collective se cache une réalité dure : la guerre contre les groupes armés au nord du pays a profondément ébranlé les convictions et aspirations des aspirants au métier des armes.
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Depuis le début des attaques djihadistes dans la région septentrionale du Togo, d’importantes pertes humaines ont été enregistrées dans les rangs des Forces de défense et de sécurité (FDS).
Les images insoutenables de soldats tombés au front, les désertions massives, les radiations et l’emprisonnement de certains militaires pour indiscipline ont contribué à assombrir l’éclat de cette profession. À cela s’ajoutent des salaires jugés insuffisants pour compenser les risques encourus.
En outre, l’armée togolaise, longtemps cantonnée à la gestion des manifestants et aux missions internationales de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies, découvre pour la première fois les réalités de la guerre sur son propre territoire face aux groupes armés extrémistes. Cette transition est particulièrement difficile à supporter pour une jeunesse désillusionnée, même dans les régions traditionnellement enclines à fournir des recrues.
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Dans des pays voisins comme le Burkina Faso, la situation est radicalement différente. Début juin 2024, un reportage d’une télévision locale estimait à plus de 700 jeunes les candidats à l’enrôlement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) dans la seule ville de Ouagadougou.
Au Togo, en revanche, le climat d’incertitude et de peur domine. En conséquence, les appels à candidature du ministère des Armées n’ont pas trouvé l’écho attendu. L’un des facteurs qui dissuade les jeunes de s’engager réside dans la réalité quotidienne des veuves et orphelins des militaires décédés.
Malgré les mesures d’assistance et de prise en charge annoncées par le gouvernement en juillet 2022, certaines de ces familles vivent dans des conditions difficiles.