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Togo- Savanes : comment les « démarcheurs de justice » envoient des innocents en prison avec de faux renseignements

by L'Alternative
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Palais de justice

Ces dernières années, constatent des citoyens, la confiance entre les populations et la justice tend à s’effriter dans la région des Savanes. La situation s’est d’ailleurs généralisée dans le pays, au nez et à la barbe des autorités judiciaires. L’infiltration de personnes à la moralité douteuse dans le renseignement et le système judiciaire accentue la méfiance des citoyens, maillon indispensable dans la coproduction de la sécurité, envers la justice et les forces de l’ordre et de sécurité.

Se présentant souvent comme « des démarcheurs de justice » ou des « informateurs » auprès des forces de l’ordre et de sécurité, ces individus se sont révélés au fil du temps comme de véritables machines à broyer les innocents et à alimenter la corruption.

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Face à la menace sécuritaire grandissante dans la région des Savanes, s’appuyer sur des réseaux d’informateurs pour collecter des renseignements est indispensable pour les autorités. Mais lorsque ces informateurs sont motivés par l’appât du gain plutôt que par l’intérêt général, c’est tout l’édifice de la justice et de la sécurité qui vacille.

Depuis plusieurs années, une caste de démarcheurs et d’enquêteurs autoproclamés prospèrent dans la région des Savanes. Sous couvert d’aider des citoyens en quête de justice ou les autorités à identifier des criminels ou des suspects, ces individus exercent en réalité un véritable racket sur la population.

Pour redonner confiance aux justiciables, courant 2016, le président du tribunal de première instance de Dapaong d’alors avait marqué une tentative de rupture avec ces pratiques. Tous ces pseudo-enquêteurs avaient été interdit d’accès au tribunal. Plus récemment, le ministre Mimpamb Nametchougli en charge de la Justice a instauré le port systématique du badge, notamment au tribunal de Lomé rendant désormais l’accès difficiles aux « démarcheurs ». 

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Ces derniers, loin de se décourager, opèrent désormais loin des palais de justice. Le phénomène d’après certains observateurs, se poursuit dans les coulisses, les démarcheurs recevant des justiciables chez eux, monnayant leur influence pour obtenir des décisions de justice biaisées : libérations de prévenus, jugements favorables, ou inversement, emprisonnements arbitraires, etc.

Avec la montée de l’insécurité au nord du Togo, le phénomène a pris une tournure encore plus inquiétante. De nombreuses arrestations sont menées sur la base d’informations parfois infondées, et les familles des détenus, désespérées, sont prêtes à tout pour obtenir leur libération.

C’est là que les démarcheurs entrent en scène, en se faisant passer pour des intermédiaires capables de négocier avec les juges et les gendarmes moyennant des sommes faramineuses et parfois même du bétail. Mais le plus grave est qu’ils ne se contentent pas d’exploiter les drames des familles.

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Lorsqu’ils ne sont pas assez sollicités, ils créent eux-mêmes des victimes. Accusations mensongères, dénonciations calomnieuses, tout est bon pour provoquer des arrestations et ensuite extorquer les familles.

Commerçants, éleveurs, chauffeurs de taxi ou de moto-taxi, jeunes travaillant dans les mines d’or, personne n’est épargné. Les accusations sont souvent graves : soutien logistique aux terroristes, hébergement de criminels, trafic illicite…

Certains de ses individus ont raffiné leur méthode en ciblant des personnes aisées. Ils vont les voir en leur affirmant que leur nom figure sur une « liste rouge » de la gendarmerie. Moyennant une forte somme d’argent, ils promettent de les « blanchir » et d’éviter leur arrestation. Une manipulation qui pousse certaines victimes à céder sous la pression ou à prendre le chemin de l’exil.

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Non seulement ils se servent de leur titre pour des règlements de comptes personnels, mais ces démarcheurs de justice et les informateurs véreux sont aussi parfois sollicités par des tiers pour écarter des adversaires ou des prétendants encombrants.

Un refus d’acheter une bière, une appartenance politique, une opinion divergente et voilà un citoyen en prison sur la base de faux rapports. Pendant ce temps, ces informateurs véreux accumulent des richesses : villas et voitures luxueuses, troupeaux de bétail, etc.

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Si le recours aux informateurs est une nécessité dans politique sécuritaire, il est impérieux pour les autorités d’exiger des preuves suffisantes avant toute arrestation. Cela est indispensable pour la protection des citoyens contre les abus.

François BANGANE

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