L’arrestation et la détention de deux avocats à Kinshasa fait grand bruit actuellement dans le pays. Les organisations de défense des droits de l’homme dans le pays évoquent une détention arbitraire et une violation des droits des deux personnalités qui sont gardées dans les locaux du Centre national de défense contre la cybercriminalité, une structure relevant de l’exécutif. (Photo, Me Gratien Mayila Makoko).
En effet, le 14 mars 2025, aux alentours de 11 heures, Maître Médard Palankoy a été enlevé dans son bureau par des hommes armés qui l’ont conduit à l’immeuble Onatra, où se trouve le Centre national de défense contre la cybercriminalité. Son confrère, Maître Gratien Mayila Makoko, a subi le même sort.
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« Depuis leur détention, ils sont privés de toute assistance juridique et ne peuvent recevoir ni la visite de leurs avocats ni celle de leurs proches. Cette situation est d’autant plus choquante que l’UDPS, parti au pouvoir, se revendique comme un défenseur de l’État de droit après avoir lutté 37 ans pour son instauration en RDC », a dénoncé Albert Mukulubundu, président du Front Démocratique Africain (FDA), un parti de l’opposition.
On ne sait pas jusqu’alors ce qui est reproché aux deux avocats. Mais les défenseurs des droits de l’homme soulignent qu’il serait souhaitable de les traduire en justice dans le respect de la procédure « plutôt que de les garder dans un lieu secret tout en entretenant le suspense et un climat de terreur qui empêchent non seulement la manifestation de la vérité, mais aussi à ses proches d’en parler publiquement ».
Albert Mukulubundu a saisi le Haut-Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Volker Türk. Il sollicite ce dernier afin d’intervenir pour la libération des Maîtres Médard Palankoy et Gratien Mayila Makoko, « victimes d’enlèvement et de détention arbitraire en RDC ».
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« Les organisations de défense des droits de l’homme sont déjà alertées sur cette affaire. Il est impératif que la communauté internationale se mobilise afin de garantir la protection des droits fondamentaux des Congolais et de prévenir toute forme d’impunité », demande Albert Mukulubundu.
Selon président du FDA, l’histoire récente de la RDC rappelle combien de telles pratiques sont dangereuses. « L’ancien ministre et député Chérubin Okende a trouvé la mort dans des circonstances troublantes liées à ce genre d’agissements qui s’apparentent aux méthodes de la Gestapo. Plus récemment, Monsieur Xavier Malutama a accusé Monsieur Bukasa de complicité dans des sévices sexuels subis dans ses cachots privés », indique-t-il.
M. Mukulubundu a aussi, lors de ses échanges avec les organisations de défense des droits de l’homme, souligné le cas préoccupant de Florimond Muteba, président de l’ODEP, qui fait actuellement l’objet des menaces et de surveillance inquiétante.
« J’insiste que face à ces dérives autoritaires, il est impératif que justice soit rendue et que l’État de droit soit respecté. J’appelle donc le Président Félix Tshisekedi à prendre ses responsabilités et à garantir la libération immédiate de ces avocats injustement détenus », conclut-il.