Depuis le 15 mai 2025, les Togolais ont reçu leur premier « cadeau empoisonné » de la toute nouvelle cinquième République : une hausse du prix du de l’électricité. Dans un pays ou l’accès à l’énergie électrique est une lutte quotidienne, cette décision prouve à suffisance que le pouvoir semble déconnecter des réalités vécues par les citoyens.
C’est une douche froide, mais peu surprenante puisque le modèle togolais repose désormais sur la logique du transfert de charges sur les plus vulnérables.
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Pour le gouvernement, la mesure vise à rétablir la viabilité financière de la CEET (Compagnie Energie Electrique du Togo) tout en préservant une dimension sociale. « Les ajustements visent à réduire drastiquement les délestages et assurer la continuité et la stabilité dans la fourniture de l’électricité de qualité, la maintenance des infrastructures et la réparation rapide des pannes », lit-on dans un communiqué du ministère des Mines et des ressources énergétiques.
Ce narratif peu convaincant peine à cacher les réalités d’une compagnie qui croupit sous le poids d’une gestion qui est le miroir du régime de Lomé. C’est un secret de polichinelle, la CEET, à l’instar des autres sociétés d’Etat (s’il en reste encore), ne souffre pas de manque de ressources, mais d’un grave déficit de transparence et de rigueur. Les délestages sont devenus une norme, les pertes techniques persistent et les plaintes des abonnés s’accumulent.
Les coûts d’exploitation trop élevés évoqué par les autorités pour justifier ce nième piochage dans le panier de la ménagère est l’arbre qui cache la forêt d’une gestion chronique, d’un manque de contrôle indépendant et d’une opacité dans les contrats d’achat d’énergie et des investissements peu ou mal rentabilisés.
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Depuis son arrivé au pouvoir, les différents gouvernements de Faure Gnassingbé ont entrepris des projets d’envergure pour garantir à notre pays son indépendance énergétique. La construction des centrales Contour Global et Kékéli Efficient Power censée mettre fin aux délestages intempestifs n’ont pas apporté de réels changements dans l’instabilité énergétique.
Au lieu de demander des comptes, Faure Gnassingbé préfère saigner les consommateurs.
En clair, cette hausse tarifaire présenté comme une réforme n’en est pas une : c’est un aveu d’échec. Elle ne corrige rien, ne redresse rien. Elle tente de camoufler une gestion inefficace derrière une ardoise que l’on refile au peuple.
La hausse du prix de l’électricité n’est pas seulement une mesure économique. Elle est un symbole : celui d’un pouvoir qui, après vingt ans ne sait plus gouverner autrement que par la ponction.
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Tant que les réformes structurelles seront remplacées par des ajustements brutaux, tant que la gestion des entreprises publiques ne sera pas assainie, les Togolais continueront de payer cher un service qu’ils ne reçoivent qu’à moitié, quand ils le reçoivent.
François BANGANE