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Togo- La vraie fausse popularité du pouvoir en place à l’épreuve de la rue

by L'Alternative
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Plébiscité selon les chiffres officiels, le parti au pouvoir au Togo semble marcher sur un tapis de roses. Mais à peine trois semaines après l’entrée en fonction des nouvelles autorités de la 5e République, les réseaux sociaux grondent et une manifestation populaire se profile. Une effervescence qui révèle les limites d’un soutien construit sur des apparences plus que sur une adhésion réelle.

« 108 députés sur 115 ». Le chiffre claque comme une victoire sans appel. L’Union pour la République (UNIR) s’est octroyée une majorité écrasante aux dernières législatives. Cerise sur le gâteau : la nouvelle Constitution de la 5e République aurait, selon le pouvoir, recueilli l’assentiment enthousiaste des Togolais. À en croire la communication officielle, le pays aurait fait un choix clair, mûr et massif pour une nouvelle ère institutionnelle.

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Mais voilà que la rue, cette boussole que les régimes préfèrent ignorer jusqu’à ce qu’elle devienne incontrôlable, commence à bouger. À peine trois semaines après la prestation de serment des nouvelles autorités, une colère sourde prend corps sur les réseaux sociaux. Une manifestation est même annoncée pour le 6 juin. Doit-elle inquiéter le pouvoir ? Oui. Et pour cause : la popularité qu’il revendique semble reposer sur une fiction bien huilée, mais de plus en plus fragile.

Le premier paramètre qui interroge est l’environnement dans lequel ces élections ont eu lieu. Les partis d’opposition traditionnels étaient pour la plupart affaiblis, fragmentés, ou volontairement tenus à l’écart par des conditions électorales contestées. De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer un processus biaisé, sans débats publics contradictoires, avec une CENI inféodée au pouvoir et une Cour constitutionnelle aux ordres.

Dans ce contexte, le « plébiscite » s’apparente davantage à un monologue électoral qu’à une véritable compétition démocratique.

La « large majorité » supposément acquise à la nouvelle Constitution semble elle aussi sujette à caution. Peu de Togolais peuvent aujourd’hui expliquer clairement les implications du nouveau régime parlementaire et du changement de mode d’élection du président de la République.

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Le débat public a été escamoté, remplacé par une campagne institutionnelle descendante et un discours d’autosatisfaction gouvernementale. Le consentement populaire n’est pas né d’une compréhension partagée du projet constitutionnel, mais d’un silence imposé ou d’une résignation apathique.

Ce sont justement ces Togolais, peu consultés et mal informés, qui s’expriment aujourd’hui massivement sur les réseaux sociaux. Les plateformes numériques sont devenues, faute de mieux, les nouveaux espaces de contestation. Les vidéos, textes et caricatures tournent en dérision la nouvelle République parlementaire, perçue par beaucoup comme une manœuvre pour faire durer le règne d’un pouvoir fatigué.

Le fossé entre la communication officielle et la réalité sociale ne cesse de se creuser. Le ras-le-bol qui en découle, bien que souvent étouffé, ne demande qu’un souffle pour embraser la rue.

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Au-delà des chiffres et des institutions, la question fondamentale reste : ce pouvoir est-il encore à l’écoute du peuple ? L’augmentation du coût de la vie, le chômage endémique, le sentiment d’abandon dans certaines régions comme les Savanes, et la gestion opaque des affaires publiques alimentent une exaspération réelle.

Si l’on ajoute à cela la confiscation des libertés publiques et l’absence de dialogue avec les forces vives, il est évident que la légitimité institutionnelle brandie par le pouvoir est très loin de suffire à calmer la grogne populaire.

La manifestation annoncée pour le 6 juin constituera un test pour la 5e République. Non pas un test de force, mais un test de lucidité. Le pouvoir choisira-t-il d’écouter cette voix discordante qui monte, ou cherchera-t-il encore à la réprimer au nom d’un ordre constitutionnel imposé d’en haut ?

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Si Faure Gnassingbé et son parti veulent réellement tester leur popularité, qu’ils mobilisent les forces de sécurité pour encadrer la manifestation. Ces dernières années, les régimes autoritaires sont régulièrement surpris par la contestation populaire. Ignorer les signes faibles du désaveu d’une partie des Togolais qui se manifeste par cette colère exprimé sur la toile serait une faute stratégique.

À vrai dire, si l’espace civique n’était pas verrouillée et la liberté d’expression embrigadée, la contestation aurait été plus grande sur le terrain comme c’est le cas sur la toile.

La popularité brandie par le pouvoir togolais est un mirage entretenu par l’hyper-contrôle du récit national. Mais la légitimité réelle se mesure non dans les chiffres officiels, mais dans la capacité à répondre aux aspirations profondes de la population.

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À ce titre, le 6 juin pourrait marquer non une remise en cause institutionnelle, mais le réveil d’un peuple qui réclame d’être écouté.

François BANGANE

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