À Dapaong, le conseil régional s’invite à l’hôtel : dix jours, 1,2 million envolés. Faure Gnassingbé a bâti une décentralisation sans murs, mais avec des factures salées.
À Dapaong, les rideaux sont tombés sur la troisième session ordinaire du conseil régional des Savanes. Ouverts le 5 août dernier, les travaux se sont déroulés à l’hôtel Dapaong.
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Conformément à l’article 244 de la loi sur la décentralisation et les libertés locales, les conseillers régionaux se sont retrouvés pour étudier et adopter le budget primitif de l’exercice 2025. Mais derrière le rituel institutionnel se cache une absurdité : l’absence d’une salle au siège du conseil pouvant accueillir les sessions. Une parfaite illustration d’une “décentralisation à la togolaise”.
Les travaux se sont tenus dans la salle Foadan de l’hôtel Dapaong. Prix de la location : 120 000 F CFA par jour. Dix jours de session équivalent donc à 1,2 million déboursés sur fonds publics, uniquement pour disposer d’un espace de délibération. Une dépense récurrente qui pèse sur la bourse du contribuable, mettant à nu l’improvisation avec laquelle la décentralisation a été lancée.
À Dapaong, l’ancienne préfecture a laissé place au gouvernorat, et le conseil régional, à l’instar de nombreuses mairies du pays, se retrouve contraint de fonctionner dans des bâtiments en location et parfois inadaptés.
Faure Gnassingbé a multiplié les structures (communes, conseils régionaux, gouvernorats) sans jamais anticiper sur la question essentielle des infrastructures. Comme conséquences, des institutions censées rapprocher l’État des populations fonctionnent dans des conditions précaires, parfois même indignes.
La décentralisation est censée incarner la proximité et l’efficacité dans la gestion des affaires locales. Or, dans les faits, elle se réduit trop souvent à une vitrine politique : des élections locales organisées à grand renfort de communication, mais aucune planification sérieuse pour donner à ces institutions un cadre pérenne de fonctionnement. Cette incohérence alimente un sentiment d’improvisation, sinon de mépris envers les citoyens.
À long terme, ces dépenses répétées de location représentent des dizaines de millions gaspillés, alors qu’un investissement initial dans des sièges dédiés aurait permis d’éviter cette hémorragie financière. Plus encore, ce bricolage institutionnel traduit un manque de vision : comment parler de développement local quand les instances chargées de le piloter n’ont même pas de toit fixe ?
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En somme, la décentralisation à la sauce Gnassingbé ressemble moins à un transfert de pouvoir qu’à un exercice d’improvisation coûteux. Les mairies sans bureaux, les conseils régionaux sans sièges, obligés de squatter ou de louer, témoignent d’un chantier bâclé. La question demeure : combien de temps encore les citoyens devront-ils payer le prix de cette politique sans fondations ?
François BANGANE