Pour la quatrième fois depuis 2022, l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes a été prorogé par l’Assemblée nationale. Une reconduction que la députée Brigitte Adjamagbo-Johnson juge préoccupante, estimant qu’un régime d’exception ne peut pas devenir un mode de gouvernance permanent.
Lors de l’examen du projet de loi autorisant la prorogation de l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes, la députée et coordinatrice de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), Brigitte Adjamagbo-Johnson, a choisi de voter contre le texte. Une position qu’elle justifie par la nécessité de préserver l’État de droit et d’éviter que ce régime d’exception ne devienne un mode de gouvernance durable.
Pour l’élue, la prorogation de l’état d’urgence pour la quatrième fois consécutive depuis 2022 soulève des interrogations légitimes. Si elle reconnaît la gravité de la situation sécuritaire dans la région des Savanes, elle estime cependant que le recours répété à ce dispositif exceptionnel ne peut se substituer à une stratégie globale et transparente.
Selon elle, l’état d’urgence doit rester une mesure temporaire, exceptionnelle et proportionnée. « Un état d’urgence ne peut pas devenir un mode de gouvernance permanent », a-t-elle insisté.
S’exprimant dans un média local, la députée a appelé à une approche plus structurée de la gestion de la crise sécuritaire. Elle plaide pour la mise en place d’une stratégie intégrée, transparente et régulièrement évaluée. Pour elle, des bilans périodiques doivent être présentés afin de permettre aux citoyens de mesurer l’impact réel des actions engagées dans le cadre de l’état d’urgence.
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Plusieurs questions, souligne-t-elle, restent sans réponses : qu’a produit concrètement l’état d’urgence depuis sa mise en place ? Quels sont les résultats des actions menées dans ce cadre ? Et surtout, quels ajustements sont envisagés pour renforcer l’efficacité de la réponse de l’État ?
La responsable politique estime également que la prorogation répétée de ce régime d’exception se fait sans véritable débat public ni contrôle parlementaire approfondi. Une situation qui, selon elle, alimente le sentiment que le pouvoir cherche à inscrire l’état d’urgence dans la durée, avec pour conséquence une restriction prolongée des libertés des populations de la région des Savanes.
Des informations remontant du terrain font d’ailleurs état de mesures particulièrement contraignantes pour les habitants, évoquant des restrictions difficiles à supporter au quotidien.
En votant contre cette nouvelle prorogation, la députée affirme vouloir « refuser la banalisation de l’exception ». Elle se dit favorable à une politique de sécurité efficace, mais prévient qu’elle ne doit pas se faire au détriment de l’État de droit ni conduire à une concentration excessive des pouvoirs sans mécanismes clairs de reddition de comptes.
« On ne peut pas combattre l’insécurité en fragilisant les principes républicains », a-t-elle martelé.
Dans cette même intervention médiatique, Brigitte Adjamagbo-Johnson a également rappelé que la réponse sécuritaire ne peut pas reposer uniquement sur des mesures restrictives. « La sécurité ne se décrète pas par les restrictions. Elle se construit avec les communautés », a-t-elle souligné.
Malgré ses réserves sur la prorogation de l’état d’urgence, la députée a tenu à saluer les efforts consentis par les forces de défense et de sécurité engagées sur le terrain pour protéger les populations et sécuriser les territoires.
Pour elle, la lutte contre l’insécurité doit désormais s’appuyer sur des politiques publiques durables, associant sécurité, développement et implication des populations locales, plutôt que sur la reconduction indéfinie de mesures d’exception.
François BANGANE