Depuis mi-avril, une opération de déguerpissement a été engagée en vue d’évacuer les occupants illégalement installés dans les aires protégées, notamment au nord du Togo. Ces opérations engagées par les autorités provoquent inquiétudes et incertitudes tant au sein des personnes déguerpies que des populations des localités riveraines. L’arrivée de troupeaux de bœufs et d’éleveurs nomades venus du Sahel ravive particulièrement les craintes des agriculteurs qui redoutent d’éventuels conflits.
Le gouvernement togolais se lance à la reconquête de ses aires protégées. Il s’agit, selon les autorités, d’assurer la conservation et la gestion du patrimoine forestier national. Les aires protégées relèvent du domaine public de l’État et toute forme d’occupation ou d’exploitation de ces espaces, ainsi que de leurs ressources, à des fins incompatibles avec leur préservation, est interdite et sanctionnée, notamment par la loi n° 2008-009 du 19 juin 2008 portant code forestier.
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Cependant, l’occupation, voire la vente des réserves administratives et des aires protégées, est de plus en plus constatée. Dans la région des Savanes, l’installation de populations dans l’aire protégée Oti-Mandouri et dans le Parc national Oti-Kéran s’est accrue avec l’afflux de déplacés internes et de réfugiés fuyant les incursions armées. Cette situation ne semble pas être du goût des autorités.
Il y a environ un mois, les populations installées dans la réserve Oti-Kéran ont été sommées de quitter sans délai la zone. D’abord, les bergers nomades ont été déguerpis manu militari, puis les agriculteurs. Des témoins évoquent une intervention violente des agents des eaux et forêts, avec destruction des abris.
« Nous avons fui pour rentrer au village, en attendant que la situation se calme et nous allons retourner voir si on peut nous autoriser à cultiver », confie un agriculteur originaire de Sam-Naba, installé dans la zone depuis une dizaine d’années.
Tout laisse penser que la récréation est terminée. Une source proche du ministère de l’Environnement confirme qu’une mission de trois jours a eu lieu mi-avril afin de procéder, sans sommation, au déguerpissement des occupants de la réserve, accusés de destruction de l’aire protégée.
Quelques jours après cette descente musclée des agents des eaux et forêts, une note du gouverneur a scellé définitivement le sort des occupants qui rêvaient encore d’un probable retournement de situation.
Dans un courrier adressé aux préfets de la région, le gouverneur Affoh Atcha-Dédji a instruit ces derniers de prendre toutes les dispositions, en liaison avec les maires, les responsables des forces de sécurité et les chefs des services déconcentrés en charge des ressources forestières, en vue de l’évacuation des personnes illégalement installées dans les aires protégées et leurs abords. Cette opération, même si elle paraît légitime, risque de créer une autre crise.
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Dans des localités comme Takpamba, N’gambi ou encore Ossacré, la réinstallation des déguerpis de la réserve aux abords des villages crée de nouvelles pressions sur les communautés locales.
À Ossacré-Zongo, des sources rapportent que l’installation récente d’un bouvier avec un important troupeau à proximité de l’école primaire publique alimente les inquiétudes. Les habitants disent craindre des destructions de cultures en plein début d’hivernage. Des conflits entre agriculteurs et éleveurs autour de l’accès à l’eau et aux pâturages sont également à redouter.
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Pour les personnes chassées du parc, le moment apparaît particulièrement difficile. Ce sont plusieurs centaines de foyers, dont des réfugiés burkinabè, qui se retrouvent sans abri, sans repères économiques et sans terres.
François Bangane