Le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain au Togo (PASH-MUT), censé accroître l’accès à l’approvisionnement en eau potable et à l’assainissement dans le Grand Lomé, vient d’être annulé. Au lendemain d’une mission de revue à mi-parcours du projet, la Banque mondiale, partenaire financier du projet, déplore notamment des interférences de la hiérarchie dans le processus de passation des marchés ainsi qu’une instabilité institutionnelle de l’unité de gestion du projet. Pendant ce temps, des milliers de familles continuent de manquer d’eau potable.
Lancé en octobre 2023 par la Première ministre d’alors, Victoire Tomégah-Dogbé, le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain au Togo (PASH-MUT), qui devait transformer durablement l’accès à l’eau potable et à l’assainissement dans le Grand Lomé, n’ira pas à son terme. Financé à hauteur de 100 millions de dollars par la Banque mondiale, il visait notamment le renforcement de la production d’eau, la modernisation des infrastructures, la construction d’ouvrages modernes et l’amélioration des performances des institutions de l’eau.
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Trois ans après son lancement, des dysfonctionnements dans sa mise en œuvre ont contraint le bailleur à mettre fin prématurément au projet. L’information est contenue dans un courrier daté du 26 juin 2026, adressé aux ministres Sandra Ablamba Johnson et Séna Alipui.
Selon l’aide-mémoire de la mission de revue à mi-parcours menée du 26 mai au 1er juin 2026, seulement 11 % des ressources mobilisées ont été effectivement décaissées, tandis que la quasi-totalité des investissements structurants n’a jamais véritablement démarré.
Il s’agit de l’un des plus importants revers enregistrés ces dernières années dans le secteur de l’eau et de l’assainissement au Togo.
Un échec qui cache des raisons profondes
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Le document de la Banque mondiale ne remet jamais en cause la pertinence du projet. Au contraire, il rappelle que le PASH-MUT demeure essentiel pour répondre aux besoins croissants des populations.
En revanche, le rapport pointe une série de dysfonctionnements qui auraient progressivement paralysé sa mise en œuvre. Parmi les principales observations figurent :
des interférences dans les procédures de passation des marchés ;
des délais d’approbation particulièrement longs ;
des annulations répétées d’appels d’offres ;
des plaintes de soumissionnaires ;
une instabilité institutionnelle ;
des licenciements abusifs ;
La Banque mondiale rappelle également la nécessité d’appliquer strictement les dispositions du Code togolais des marchés publics afin de garantir la célérité et la transparence des procédures.




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Une telle recommandation demeure inhabituelle dans ce type de document et traduit un niveau élevé de préoccupation quant au fonctionnement du projet.
L’autre grief important porté contre les autorités togolaises concerne l’unité de gestion du projet. En trois ans, trois coordonnateurs se sont succédé.
Selon les documents consultés, huit spécialistes recrutés conformément aux procédures de la Banque mondiale ont été licenciés abusivement, tandis que plusieurs postes stratégiques sont restés vacants durant plusieurs mois.
Le rapport estime que cette instabilité a considérablement réduit les capacités opérationnelles du projet au moment même où devaient être lancés les marchés les plus importants.
Faute d’une équipe stable, plusieurs procédures essentielles ont continué d’accumuler les retards.
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L’aide-mémoire indique que les contrats de plusieurs spécialistes n’ont pas été renouvelés en raison d’une absence de consensus sur la durée des avenants.
Cependant, les documents administratifs consultés révèlent une autre réalité.
On découvre notamment qu’une demande d’avis de non-objection portant sur des avenants de vingt-quatre mois a été transmise à la Banque mondiale en janvier 2026. L’institution aurait donné son accord en février.
Les avenants auraient ensuite été signés par les spécialistes concernés ainsi que par les différents responsables administratifs compétents avant d’être transmis à l’autorité ministérielle pour approbation.
Selon nos recoupements, cette approbation n’est jamais intervenue. Le 30 mars 2026, l’ensemble des spécialistes a été licencié et invité à quitter immédiatement les locaux du projet.
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Plusieurs notes internes, correspondances administratives et mémorandums des spécialistes font état d’alertes adressées au ministre plusieurs mois auparavant sur les difficultés de gouvernance rencontrées par le projet.
Les premières victimes : les populations
Au-delà des chiffres, les conséquences pour les bénéficiaires sont sans appel.
L’annulation du PASH-MUT signifie que plusieurs infrastructures majeures ne verront pas le jour dans le cadre de ce financement.
Le Grand Lomé devait notamment bénéficier de nouveaux forages, de châteaux d’eau ainsi que d’importants investissements destinés à sécuriser durablement l’approvisionnement en eau potable (www.pashmut.tg).
Parmi les projets les plus attendus figurait également la future station de traitement des boues de vidange, évaluée à environ 25 millions de dollars, considérée comme un équipement essentiel pour la santé publique et l’assainissement de la capitale.
Chaque mois perdu représente des milliers de ménages qui continuent de subir les conséquences du déficit d’accès à l’eau potable.
Au regard des constats dressés par la Banque mondiale et des documents consultés, plusieurs interrogations demeurent.
Pourquoi un projet considéré comme stratégique a-t-il accumulé autant de blocages ?
Pourquoi les procédures de passation des marchés ont-elles connu autant de retards ?
Pourquoi le personnel de l’unité de gestion du projet, recruté selon les procédures internationales de la Banque mondiale, a-t-il été licencié sans motif valable ?
Qui assumera les responsabilités administratives, techniques et politiques de cet échec ?
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L’histoire retiendra que le PASH-MUT n’a pas échoué faute de financement. Il disposait des ressources, des études et des partenaires nécessaires. Mais les ambitions personnelles ont pris le dessus sur les besoins des bénéficiaires.
Un projet public ne peut produire de résultats lorsque les procédures se grippent, que la gouvernance se fragilise et que les décisions se bloquent.
Au bout de la chaîne, ce ne sont ni les institutions financières ni les administrations qui paient le prix le plus élevé. Ce sont les populations. Celles qui continuent d’attendre l’eau potable qui leur avait été promise.
Parce qu’au-delà des rapports, des chiffres et des procédures, c’est finalement l’accès à un droit fondamental qui s’est trouvé suspendu.
François BANGANE