La décision autrefois boudée, revient sur le tapis. Elle devait simplifier et sécuriser, dit-on. Elle est devenue pour beaucoup, surtout ces élèves et étudiants déjà démunis, un casse-tête supplémentaire. La suppression de la légalisation des attestations de réussite et des relevés de notes du BAC II, effective depuis le 1er janvier et rappelée ce jeudi 16 juillet par le ministre Mama Omorou, impose désormais aux lauréats de se tourner vers l’Office du Baccalauréat pour obtenir un duplicata officiel. Au prix de 1 000 FCFA par document.
Sur le papier, la réforme se défend bien. Pour le gouvernement, il s’agit de renforcer la sécurité des diplômes et d’endiguer la falsification, un fléau qui dévalue le travail de tous. Mais dans les faits, c’est une autre musique qui monte des couloirs de l’administration et des foyers.
Car ce sont les jeunes, fraîchement bacheliers, qui paient la note. Littéralement. Chaque dossier de candidature à un concours, chaque inscription universitaire, chaque offre d’emploi réclame désormais un duplicata.
Autant de papiers, autant de fois à payer 1 000 FCFA. Pour une famille modeste, la facture peut vite devenir très salée. Certains y voient une amertume supplémentaire : après avoir déjà contribué aux frais d’inscription au baccalauréat, voilà qu’on leur redemande de l’argent pour attester de leur succès.
Mais le poids financier n’est pas la seule conséquence. La centralisation des demandes à l’Office du Baccalauréat fait craindre un engorgement. À l’heure où les calendriers des concours et des pré-inscriptions s’enchaînent à un rythme soutenu, chaque journée d’attente peut faire basculer un projet d’études ou une opportunité professionnelle. L’angoisse du délai vient doubler celle de la dépense.
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Et puis, il y a ce paradoxe qui interpelle. Le Togo mise sur la digitalisation des services publics, promet des démarches allégées. Pourtant, cette réforme semble aller à contre-courant en alourdissant le parcours de l’usager. Beaucoup s’interrogent : pourquoi ne pas avoir profité de cette réforme pour basculer vers un système de vérification électronique ? Un simple identifiant sécurisé, un QR code, permettrait aux recruteurs et aux universités de certifier l’authenticité d’un diplôme en un clic, sans contraindre l’étudiant à multiplier les allers-retours et les frais.
Un autre risque, plus sourd, affleure dans les discussions : l’apparition de filières parallèles. Dans un système où l’urgence et la paperasse se rencontrent, la tentation est grande pour certains de recourir à des intermédiaires moyennant finance, créant ainsi un marché informel que la réforme voulait justement combattre.
Au fond, personne ne conteste la nécessité de protéger l’intégrité des diplômes. C’est un enjeu essentiel pour la crédibilité du système éducatif togolais. Mais c’est précisément parce que cet objectif est partagé que les critiques se font si vives : on n’attaque pas l’idée, on dénonce la manière. Le coût, les délais. Le tout, auréolé par les dérives… autant de failles perçues qui transforment une mesure administrative en épreuve du quotidien pour des milliers de jeunes et leurs familles.
La polémique, aujourd’hui, ne porte plus sur le “pourquoi”. Elle porte sur le “comment”. Et tant que les réponses resteront floues, le malaise, lui, restera entier.