Dans un pays où tout est urgence, ceux qui prétendent le diriger, loin de mesurer la gravité de la situation, préfèrent avoir le cœur à la fête. Au Togo, l’éducation est sérieusement en danger avec des professeurs agrégés de l’université qui font des sit-in pour réclamer leur reconnaissance, des enseignants du primaire du niveau BAC+Licence dont les diplômes ne sont plus reconnus et qui veulent faire des mouvements, et des surveillants des examens à l’Université de Kara qui, à l’heure où nous écrivons ces lignes, observent un mouvement d’humeur sur le campus.
Comme beaucoup d’autres secteurs, l’éducation semble ne pas faire partie des préoccupations du régime en place. C’est à se demander d’ailleurs ce qui est finalement la priorité pour Faure Gnassingbé et son clan de « jouisseurs ».
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Actuellement à l’Université de Kara, les surveillants des examens, la plupart étant des étudiants du niveau Master, sont dehors et refusent de continuer la surveillance. Ceci pour protester contre le refus de versement des primes de surveillance par les autorités universitaires. Mais contre toute attente, ces autorités universitaires ont décidé « d’aller appeler d’autres personnes pour venir surveiller les étudiants à notre place », indique un des surveillants que la Rédaction vient de contacter par téléphone.
« Présentement nous sommes sur le campus. Le chef service a envoyé son adjoint pour relever nos noms, nous qui sommes présents et qui refusons de continuer la surveillance. La semaine dernière, ils ont suspendu deux de nos frères qui réclamaient la même chose », ajoute notre source.
Parmi ces surveillants qui suspendent le travail se trouvent des étudiants en Master. Ils se préparent à soutenir dans les jours qui viennent. Une occasion pour le chef du Département de la géographie de l’Université de Kara de les menacer « de ne pas pouvoir faire la soutenance s’ils ne reviennent pas sur leur décision et entrent dans les amphis pour continuer la surveillance ».

Des surveillants dehors sur le campus de l’Université de Kara ca matin
L’atmosphère est actuellement tendue sur le campus de cette université avec ces surveillants qui essaient de tenir tête aux autorités universitaires. Et chaque année, le même problème revient avec la grève des surveillants aux différents examens dans le pays. Mais on ne trouve toujours pas de solution.
Dans le secteur de l’éducation, rien ne va. La semaine dernière, ce sont les professeurs agrégés qui ont manifesté leur colère sur le campus de l’Université de Lomé. Ils sont 83 enseignants-chercheurs à attendre depuis quelques années la signature de leur décret de nomination en qualité de professeurs titulaires.
Le 2 juillet dernier, ils ont appelé, lors d’un sit-in, les autorités à accélérer le processus pour mettre fin à cette longue attente qu’ils jugent anormale. Cette reconnaissance académique est une étape indispensable qui leur permettra de jouir de leur grade, des responsabilités et avantages qui en sont liés.
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Un autre niveau dans le secteur éducatif : les enseignants du primaire titulaires de Licence, de Master et autres, mais classés en catégorie B, sur la seule base du Baccalauréat. Ces derniers poussent depuis quelque temps des cris d’alarme pour faire connaître leur situation et attirer l’attention du gouvernement.
Malgré leurs démarches, l’État et le ministère en charge refusent leur reclassement. Selon un des enseignants que nous avons eus au téléphone ce matin, ils tentent des concours dans l’espoir de faire valoir leurs diplômes obtenus dans des conditions universitaires très précaires : manque de places, difficultés financières, problèmes de logement.
Mais cet espoir s’amenuise surtout pour les titulaires de diplômes en Lettres. Selon les nouvelles conditions du concours de l’enseignement imposées par le ministère, les diplômes classiques ne sont plus acceptés. Le ministère ferme donc la porte. Or, il leur est presque impossible de reprendre d’autres formations tout en exerçant. Démissionner pour aller à l’ENS, puis revenir ? Cela est irréaliste pour des pères et mères de famille.
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« Le cas le plus douloureux nous concerne, nous qui sommes passés par l’Université de Kara. Dans cette université publique, une formation dite “Psychopédagogie et Didactique des Disciplines”, autorisée par l’État, permet aux titulaires de licence fondamentale de suivre 2 semestres de cours + 3 mois de stage pour être certifiés enseignants du secondaire. Mais voici la réalité : au dernier concours, tous les candidats ayant présenté Licence + ce certificat ont été rejetés, avec pour observation : “Diplômes non conformes”. Et malgré cela, l’Université continue de recruter et de délivrer ces certificats. Comment comprendre qu’on nous forme et qu’on nous rejette en même temps ? », nous confie notre source ce matin.
Ces enseignants se sont battus pour cette formation, croyant qu’ils valoriseront leurs diplômes. Mais il leur revient que le diplôme ni la formation ne sont reconnus. Ils restent coincés dans la catégorie B.
« Pire, nous sommes écartés par l’État des concours de Professeur d’ENI, alors que notre expérience du terrain et nos acquis universitaires font de nous les mieux outillés. Le Ministère préfère des collègues du secondaire sans pratique du primaire, simplement parce que nous n’avons personne pour porter notre voix », ajoute-t-elle.
Ce n’est pas fini. Pour les primes de logement, c’est la même exclusion décidée par l’État, envers ces enseignants. Les jeunes normaliens en A3 en bénéficient pour le même Service. Une injustice que les enseignants de la catégorie B dénoncent.
« Et nous, avec des diplômes supérieurs, voyons l’État refuser de reconnaître les nôtres. La catégorie A3 équivaut à Bac+2. Une Licence ou un Master est pourtant supérieur. Refuser de valoriser nos diplômes, c’est pour l’État nier notre effort et notre engagement », souligne l’enseignant.
Voilà comment le régime compte construire une éducation de qualité. Le ministère de l’Education ne peut-il pas organiser un concours interne de reclassement et permettre à ces enseignants de valoriser leurs diplômes au primaire, au lieu de les maintenir dans cette frustration ?
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Au Togo, c’est tout le secteur de l’Education qui est en difficulté. Et c’est dans ce pays malade à tous les niveaux qu’on promet la lune aux Togolais en 2040.