Home Sport TRIBUNE- Coupe du monde 2026 : Pourquoi les sélections africaines s’effondrent en fin de match

TRIBUNE- Coupe du monde 2026 : Pourquoi les sélections africaines s’effondrent en fin de match

by Journal L'alternative
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À chaque grand tournoi, le même scénario se répète : nos sélections dominent, puis s’effondrent dans le dernier quart d’heure. Pour Martial Kerezoue, préparateur physique à Lomé, la cause ne se trouve pas sur le terrain le jour du match. Elle se trouve quinze ans plus tôt, dans les centres de formation.

Par Martial Kerezoue (Rhoni), préparateur physique — Lomé, Togo

Vous l’avez sûrement ressenti, vous aussi, en famille ou entre amis, devant l’écran. L’équipe joue bien, parfois même très bien, puis quelque chose se casse. Pas doucement. D’un coup. Comme un interrupteur qu’on éteint entre la 75e et la 80e minute. Des courses qui s’arrêtent à mi-chemin. Un espace laissé grand ouvert dans le dos de la défense. Un but encaissé bêtement, alors que tout allait bien dix minutes plus tôt.

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Ce Mondial de 2026 n’a pas inventé ce scénario. Il l’a simplement rappelé, une fois de plus. La RD Congo, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont déjà quitté la compétition. Le Maroc, l’Égypte, quant à eux se battent encore au moment où j’écris ces lignes. Le tableau n’est donc pas uniformément noir. Mais le motif, lui, revient trop souvent pour être un hasard : nos sélections tiennent la comparaison pendant l’essentiel du match, puis perdent pied quand la fatigue s’installe pour de bon.

Ce n’est pas une question de talent. Le talent, l’Afrique n’en manque pas, et ce tournoi l’a encore montré par éclats. C’est une question de préparation.

Tout se joue quinze ans avant le match

Pour comprendre ce qui se passe sur le terrain à la 78e minute d’un match de Coupe du monde, il faut remonter très en arrière, dans les centres de formation où nos jeunes joueurs apprennent le métier.

Le constat est sévère, mais je le fais avec respect pour ceux qui portent ce travail depuis des années : beaucoup d’éducateurs qui encadrent nos jeunes sont d’anciens footballeurs reconvertis, sans formation académique ni diplôme technique, sans connaissance des sciences du mouvement. Ce sont souvent des hommes passionnés, avec une vraie lecture du jeu. Mais ils n’ont pas toujours les outils qui font la différence entre un joueur qui tient 90 minutes à pleine intensité, et un joueur qui s’effondre à la 76e.

Dans les meilleures académies européennes, chaque séance d’entraînement est mesurée : l’effort fourni, la vitesse, la fréquence cardiaque, la récupération. Le jeune joueur est accompagné comme un athlète complet, sur plusieurs années. En Afrique subsaharienne, cet accompagnement existe, mais il reste rare, concentré dans quelques grandes villes, souvent réservé à une poignée de clubs. La majorité de nos talents grandit sans ce suivi.

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L’alimentation, le grand oublié

On en parle peu, et c’est une erreur. La capacité d’un joueur à garder son intensité dans les vingt dernières minutes d’un match dépend en grande partie de ce qu’il mange, de la façon dont il récupère, de la façon dont il s’hydrate pendant l’effort.

Nos habitudes alimentaires sont riches, et c’est une fierté culturelle. Mais elles ne sont presque jamais adaptées aux exigences précises du sport de haut niveau, ni accompagnées par quelqu’un qui connaît ces exigences. Résultat : des joueurs qui arrivent au sommet de leur art avec des manques que personne n’a corrigés à temps, et qui ressortent exactement là où tout se joue, dans le money time d’un match couperet.

Ce que je fais déjà, à Lomé

Je ne dis pas cela de l’extérieur. Depuis neuf ans, j’accompagne des footballeurs, des jeunes catégories jusqu’au niveau professionnel. J’interviens aussi auprès d’enfants dès 4 ans, au Lycée Français de Lomé, pour poser des bases motrices solides le plus tôt possible.

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« Dans mes séances avec les jeunes joueurs, j’impose déjà cette façon de travailler. La gestion de l’intensité, l’éducation au rythme d’effort européen, ce n’est pas réservé aux professionnels. Ça commence ici, maintenant, avec nos U15 et nos U17. Si on veut des joueurs qui tiennent 90 minutes à Lomé comme à Doha ou à New York, il faut les construire ainsi dès aujourd’hui. »

Mon approche s’appuie sur ce qu’on appelle l’entraînement neuro-centrique : apprendre au système nerveux du joueur à continuer de bien décider, de bien réagir, même quand le corps est épuisé. Concrètement, c’est former des athlètes capables de garder leur lucidité et leur niveau de jeu jusqu’à la 85e minute, pas seulement jusqu’à la 70e.

Ce que le Togo, et l’Afrique, doivent changer

Le talent seul ne suffit plus. Il faut des standards de certification pour nos éducateurs, des préparateurs physiques diplômés dans nos centres de formation, un vrai accompagnement nutritionnel adapté à nos réalités locales, et une culture de la performance physique construite dès le plus jeune âge, pas improvisée à l’approche d’un tournoi.

Le Togo, comme beaucoup de pays africains, a les compétences humaines pour réussir ce chantier. Des entraîneurs formés existent. Des préparateurs compétents émergent. Mais ils restent trop isolés, trop peu nombreux, trop peu soutenus par des politiques sportives à la hauteur des ambitions qu’on affiche.

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Tant que ce travail ne sera pas pris au sérieux, de la fédération jusqu’aux clubs de quartier, nos joueurs continueront de s’éteindre trop tôt. Et nous continuerons de nous demander, un mélange de fierté blessée et d’espoir têtu au ventre, ce qu’auraient donné les vingt dernières minutes si elles avaient ressemblé aux soixante-dix premières.

La réponse n’est pas sur le terrain, le jour du match. Elle est dans les centres de formation, dès aujourd’hui. Et à Lomé, certains ont déjà commencé à l’écrire, une séance à la fois.

QUI EST MARTIAL KEREZOUE Connu sous le nom de Rhoni, Martial Kerezoue est titulaire d’un certificat en entraînement neuro-centrique et cognitif de l’Université ITK de Leipzig, obtenu en 2026. Préparateur physique et coach fitness basé à Lomé, au Togo, il est aussi titulaire d’une licence en Éducation et Motricité de l’INJS de Lomé et certifié Licence C CAF. Depuis neuf ans, il accompagne des footballeurs, des jeunes catégories jusqu’au niveau professionnel. Il est le fondateur du centre Rhonifitness et intervient également auprès d’enfants dès 4 ans au Lycée Français de Lomé.

Contact presse : kerezouemartial@gmail.com  ·  rhoni.taplink.site

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