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Togo- Savanes, une bombe sociale : autochtones et réfugiés burkinabé se disputent les ressources limitées

by Isidore kouwonou
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Confrontée à une crise sécuritaire depuis 2022, la région des Savanes est en train de s’éteindre. L’arrivée massive de réfugiés burkinabè, l’accentuation de la pression sur les terres et la fragilisation de l’économie locale interrogent l’avenir de cette partie du Togo.

En février 2025, la région des Savanes enregistrait 45 934 personnes déplacées, dont 80 % de Burkinabè. 41 773 Burkinabè avaient officiellement obtenu le statut de réfugiés au Togo, selon la Coordination nationale d’assistance aux réfugiés (CNAR).

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Et dans la région des Savanes, où ils sont installés pour la plupart, la terre est devenue une ressource de plus en plus disputée. Si la cohabitation demeure globalement pacifique, l’arrivée des réfugiés exerce une pression supplémentaire sur des communautés qui vivaient déjà avec des ressources limitées. Dans une région en majorité agricole, la pression sur les terres agricoles touche donc directement les moyens de subsistance.

« Quand plusieurs familles doivent se partager les mêmes ressources, les tensions deviennent inévitables », résume un chef coutumier. Selon lui, la situation actuelle des habitants dans la région est comparable à celle d’un chef de ménage devant partager son plat, déjà insuffisant, avec ses chiens.

Ces dernières années, la plupart des jeunes ont été poussés à chercher un mieux-être dans les pays voisins, louant leurs bras dans les mines d’or. Mais ces derniers temps, les portes de cet exil économique se referment. Les pays d’accueil ont décidé de durcir la lutte contre l’orpaillage clandestin.

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Depuis mi-août, ils sont plusieurs centaines à avoir regagné la région, en provenance principalement de la Côte d’Ivoire, de la Guinée ou du Mali. Que vont devenir ces jeunes, revenus pour certains sans épargne significative et sans qualification professionnelle ?

Depuis quelques semaines, des informations locales font état d’une réapparition des braquages suivis de vols de motos sur certains axes routiers. Si ces faits ne sont pour l’instant ni documentés ni quantifiés, ils interrogent cependant sur les risques encourus par les populations face à des jeunes ayant passé du temps dans un environnement où circulent non seulement l’argent, mais aussi parfois les stupéfiants et les armes.

Fin juillet 2024, lors d’une mission de sensibilisation sur l’extrémisme violent et le terrorisme à Gando et à Mango, une délégation gouvernementale avait recueilli auprès des populations plusieurs préoccupations, parmi lesquelles la pauvreté et l’absence d’emploi pour les jeunes, identifiées comme des facteurs susceptibles de favoriser l’insécurité.

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Le paradoxe aujourd’hui, c’est que le gouvernement demande aux jeunes de résister aux sirènes des groupes armés sans toutefois leur offrir une alternative économique suffisamment crédible.

« Le commerce des céréales a buté sur les restrictions à l’exportation imposées par les autorités, le maraîchage rencontre l’indisponibilité de l’eau et le manque de débouchés. Que nous reste-t-il ? », s’interroge Lookman, un ancien commerçant de céréales à Mango.

Si le jeune homme ne nie pas l’initiative du PURS et de l’OIT lancée en mars 2026, présentée comme un moyen de créer des emplois à travers la construction de quelques infrastructures communautaires, il reste sceptique. Pour lui, quelques dizaines de jeunes employés temporairement sur un chantier ne suffisent pas à résoudre la question du chômage des jeunes.

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« Face à la réalité actuelle sur le terrain, la lutte contre l’insécurité mérite d’être repensée : il faut sécuriser les populations, mais surtout offrir à la jeunesse des opportunités économiques et le désir d’y rester », analyse un spécialiste en gestion des conflits.

Gagner la bataille contre les groupes armés tout en laissant une génération sans perspectives économiques, conclut-il, « constitue une victoire sécuritaire fragile qui risque de transformer la région en une véritable bombe sociale ».

François Bangane

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