Alors coordonnateur du mouvement Y en a Marre au Sénégal, Fadel Barro avait visité le Togo, en janvier 2015, année électorale avec son corollaire de montée des tensions politiques dans le pays. Dix ans après ce séjour dont il a gardé beaucoup de souvenirs et à la faveur de l’actualité marquée par l’agression de son compatriote et député sénégalais Guy Marius Sagna, il confie à L’Alternative ce qu’il pense de la situation politique au Togo.
Au sujet de l’agression dont a été victime Guy Marius Sagna, dimanche 29 septembre dernier dans la capitale togolaise, Fadel n’est pas du tout surpris. “Ce pays est fermé depuis l’assassinat d’Olympio Sylvanus. Il s’est succédé dans ce pays le pouvoir d’un clan qui continue à s’organiser et qui alimente l’opposition qu’il veut avoir ; toute autre forme d’expression libre et indépendante et complètement étouffée”, a-t-il déclaré au téléphone à L’Alternative ce 02 octobre.
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En répondant lui-même à l’invitation de ses amis de la Ligue togolaise des droits de l’Homme pour se rendre au Togo en 2015, Fadel Barro savait qu’il se dirigeait vers un pays “fermé”. Et dès l’aéroport, le ton lui avait été donné : “Depuis mon arrivée, dès l’aéroport, ils m’ont bloqué un moment”. Libéré ensuite, il avait pu séjourner dans des conditions particulières et rencontrer plusieurs acteurs politiques, y compris ceux du pouvoir dont des personnes très proches de Faure Gnassingbé, de la société civile et des leaders religieux.
“Je me souviendrai toujours de ma rencontre avec le défunt Archevêque d’Atakpamé, feu Mgr Nicodème Barrigah, que je suis allé rencontrer à Atakpamé. La rencontre avec ce grand homme de Dieu, à qui je rends un hommage, m’avait beaucoup frappée. Il me disait que la situation dans le pays n’était pas possible, qu’il fallait qu’il y ait de l’ouverture et de la démocratie”, confie l’activiste sénégalais.
Fadel Barro, se souvient aussi que quelques années après son passage, il y a eu un “semblant d’ouverture”, suite aux soulèvements de 2017, et à des discussions qui ont suivi, avec quelques réformes sur le nombre de mandats par exemple.
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“Mais là, j’ai l’impression que ça se referme. Tous les acquis démocratiques obtenus à la suite de toutes les manifestations et rencontres ainsi que les soulèvements populaires qu’il y a eus et la lutte du peuple togolais sont aujourd’hui remis en cause par les dernières réformes”, se désole-t-il, ajoutant que cela devrait “interpeller la CEDEAO sur le cas du Togo; parce que Faure est un bel exemple dont peuvent se servir les putschistes de l’AES pour rester au pouvoir, en disant, regardez, à côté, il n’y a pas la démocratie.”
“Je ne comprends pas le Président Faure Gnassingbe. Il pouvait prendre un autre chemin et ce n’est pas trop tard. Il peut organiser la démocratie et ce n’est pas trop tard. Il peut encore sortir par la grande porte, ce n’est pas encore trop tard. Il peut amener l’armée qui tient ce pays, parce qu’en vérité, c’est l’armée qui tient ce pays et tous les postes stratégiques y compris les rênes de l’économie de ce pays, à entendre raison. Faure doit avoir le courage de savoir que ce système-là ne peut pas continuer au 21e siècle”.
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Le leader d’opinion sénégalais n’a pas manqué d’exprimer par ailleurs sa solidarité à l’égard du député de son pays et des Togolais victimes de l’agression.