Dans la région des savanes, au Nord du Togo, les premières pluies du mois de mai annoncent la reprise des activités champêtres. Dans le Kpendjal, zone exposée aux incursions terroristes depuis trois ans, les cultivateurs vivent dans la peur permanente. Entre les tirs de sommation des Forces de défense et de sécurité (FDS) et les menaces diffuses des groupes armés venant du Burkina-Faso, chaque sortie aux champs est un pari risqué.
Ces derniers mois, l’apparente accalmie dans le Kpendjal n’est qu’un vernis fragile. Malgré une vigilance accrue des Forces de défense et de sécurité togolaise, les populations demeurent sur le qui- vive. En ce début d’hivernage, période très importante pour les populations rurales, la peur s’installe plus que jamais dans les cœurs.
« Ils tentent d’attaquer mais ils n’y arrivent pas. Surtout lorsqu’ils sont repoussés côté Burkinabè. Nous ne dormons pas, de jour comme de nuit, il faut rester vigilant pour éviter qu’ils nous surprennent », confie une source sécuritaire.
Dans cette guère de larvée faite de guet-apens, de tentatives avortées, et de déplacements furtifs, le quotidien des populations rurales est bouleversé.
A Tchimouri, localité située à une quarantaine de kilomètres à l’Est Naki-Est, chef-lieu de la préfecture de Kpendjal-Ouest, un drame a ravivé l’angoisse la semaine dernière. Le mercredi 22 mai 2025, un homme d’une quarantaine d’années, parti au champ tôt le matin, n’est jamais rentré. Son corps criblé de balles, a été retrouvé sous un arbre dans son champ tard dans la soirée.
Les versions divergent. Pour certains, il aurait été pris pour cible par des terroristes embusqués. D’autres, plus prudents, évoquent une possible bavure. « Chaque matin, il est déconseillé d’emprunter la route avant 9 heures. Les militaires inspectent la zone, procèdent au déminage et à des tirs de sommation. Peut-être a-t-il été confondu avec un ennemi… », s’interrogent un habitant.
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Ce climat d’incertitude paralyse les agriculteurs, dont la survie dépend pourtant du travail des champs. « Parfois, tu es train de sarcler et des balles passent au-dessus de ta tête », témoigne un jeune cultivateur.
La saison des pluies, qui marquent d’ordinaire un renouveau devient dans le Kpendjal un moment d’angoisses depuis 2022. Cette année encore, des hectares de champs sont sur le point d’être abandonnés, faute de sécurité. Une situation qui compromet les prochaines récoltes et risque d’aggraver davantage la précarité dans une région ou la pauvreté ne scandalise plus.
Si l’armée reste mobilisée, la peur reste plus forte. La population réclame plus de sécurité et de nouveaux postes avancés voient le jour. Cependant, une meilleure coordination des opérations de sécurisation et une communication renforcée sont indispensables pour éviter les incidents tragiques. Autrement, c’est la vie rurale tout entière qui risque de se vider, emportée par une peur silencieuse.
François BANGANE