Cinq mois d’attente, un gouvernement sans souffle, des institutions au ralenti et une gouvernance qui donne le vertige. Pendant que le pays s’enlise dans l’indécision, Faure Gnassingbé, le président du Conseil, semble plus préoccupé par les tribunes internationales que par le pilotage d’un pays en panne de cap.
Il aura fallu cinq longs mois d’errance institutionnelle avant que Faure Gnassingbé ne daigne former son gouvernement le 8 octobre dernier. Cinq mois durant lesquels le pays a fonctionné au ralenti, les administrations survivant tant bien que mal dans la routine des affaires courantes, sans impulsion politique, sans priorités claires.
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Et pourtant, le gouvernement enfin formé ne semble pas incarner le renouveau tant attendu : aucune rupture, peu d’audace et beaucoup de recyclage.
L’attente aurait pu se justifier si elle avait débouché sur une équipe porteuse d’une vision à la hauteur des défis d’un pays miné par la pauvreté, la corruption et l’insécurité dans le nord. Mais au contraire, ce nouveau gouvernement ressemble davantage à une pêche difficile dans un vivier politique asséché.
Quelques nouvelles têtes, certes, mais sans véritable souffle réformateur. Le pire : plus de deux semaines après la nomination des ministres, aucun conseil des ministres n’a encore eu lieu. Comme si l’urgence nationale pouvait attendre.
L’attente n’est pas seulement symbolique. Elle est structurelle. Des portefeuilles clés comme la Défense, la Fonction publique et les Transports restent rattachés à la présidence du Conseil.
Cette situation traduit une centralisation excessive du pouvoir, couplée à une hésitation chronique à déléguer. Le pays semble fonctionner sans réel capitaine de bord dans plusieurs secteurs névralgiques, pendant que la machine administrative tourne à vide.
Sur le terrain, les urgences s’accumulent, mais le sommet de l’État, lui, semble habité par un tout autre agenda. Faure Gnassingbé s’est transformé en chef d’État globe-trotter. Il enchaîne les conférences internationales, les sommets sur la paix, la sécurité ou le climat. Un rôle qu’il affectionne : celui du président modéré, écouté sur la scène africaine.
Mais à force de jouer les diplomates du continent, le président du Conseil a oublié d’être le dirigeant de son propre pays. La diplomatie d’image a pris le pas sur la gouvernance réelle.
Pendant qu’il s’affiche aux côtés de ses pairs sur les podiums des grandes capitales, les Togolais, eux, attendent toujours des réponses à la cherté de la vie, au chômage des jeunes, aux services publics sinistrés, à la décentralisation en panne.
La léthargie au sommet de l’État se répercute sur le bas de l’échelle. Après plusieurs reports, la première session des conseils municipaux s’est enfin tenue la semaine dernière, avec l’élection de nouveaux maires.
Mais là encore, le désintérêt du pouvoir central saute aux yeux : silence assourdissant sur la date de prise de fonction. Les mairies, déjà engourdies par des mois de paralysie, continuent de fonctionner dans une incertitude totale.
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La décentralisation, censée rapprocher l’administration du citoyen, se réduit à une coquille vide. Faute de moyens, faute de volonté politique, les communes végètent, quand elles ne s’enlisent pas dans des querelles locales entretenues par le pouvoir lui-même.
François BANGANE