L’Afrique, notamment la partie ouest et centrale, est confrontée à des phénomènes de cyberattaques qui gagnent du terrain en rapidité, en ampleur et deviennent de plus en plus difficiles à détecter pour les victimes et les plateformes, selon le rapport 2026 d’Interpol sur les cybermenaces. Et l’élément qui favorise cette poussée vertigineuse des cybercrimes en Afrique reste l’Intelligence artificielle (IA). Les fraudes par compromission de messagerie professionnelle et les escroqueries sentimentales ciblant aussi bien les entreprises que les particuliers sont très répandues en Afrique centrale et de l’Ouest.
Selon le rapport, depuis 2024, les pertes liées à la cybercriminalité ont plus que doublé, passant de 192 millions de dollars à 484 millions de dollars (soit près de 300 milliards de francs CFA), principalement en raison des escroqueries facilitées par l’IA, de la collecte d’identifiants et des campagnes d’ingénierie sociale automatisées.
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En 2025 par exemple, les escroqueries en ligne sont restées le type de cybercriminalité le plus signalé, les attaquants utilisant les plateformes de paiement mobile, les médias sociaux et l’IA pour atteindre leurs cibles. 72 % des pays étudiés concernés par l’enquête ont signalé la présence de centres d’escroquerie, la plus forte concentration se trouvant en Afrique australe et occidentale.
« L’extorsion sexuelle numérique et le harcèlement en ligne, souvent facilités par des deepfakes et des médias synthétiques générés par l’IA, sont restés omniprésents, avec quelque 600 000 détections d’extorsion sexuelle enregistrées par TrendAI, l’un des nombreux partenaires travaillant avec INTERPOL », indique le rapport en ce qui concerne spécifiquement l’IA.
Et d’ajouter : « De même, la sophistication des schémas de compromission de courriels d’entreprise (BEC) a augmenté de façon spectaculaire, l’IA étant utilisée pour générer une correspondance par courriel très convaincante, avec des acteurs de la menace basés en Afrique ciblant des victimes en Europe et en Amérique du Nord en utilisant une infrastructure située dans plusieurs juridictions ».
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Le rapport souligne en outre que l’absence de partage de données en temps réel entre les banques, les opérateurs de télécommunications et les forces de l’ordre « crée un angle mort dangereux dans les efforts de lutte contre la fraude financière ». Cette vulnérabilité, poursuit le document, est exploitée par des criminels qui ne se contentent plus de voler des identifiants existants, mais créent désormais des identités entièrement synthétiques.
« Combinant de véritables données personnelles avec des éléments fabriqués, ces profils numériques générés par l’IA peuvent contourner même les systèmes de vérification biométrique les plus avancés et ont été utilisés pour ouvrir des comptes bancaires, obtenir des prêts mobiles et enregistrer des cartes SIM sous de faux noms ».
Selon Neal Jetton, Directeur de l’unité de lutte contre la cybercriminalité à INTERPOL, « la cybercriminalité est devenue l’une des menaces criminelles les plus importantes pour la région. L’IA automatise chaque étape d’une cyberattaque, de la reconnaissance et du phishing à l’extorsion et à l’évasion ».
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Il a tout de même constaté que lorsque les pays travaillent ensemble, l’infrastructure des cybercriminels peut être identifiée, perturbée et démantelée.
Quatre opérations de cybercriminalité à fort impact coordonnées par INTERPOL, dont l’opération Serengeti 2.0 , l’opération Contender 3.0 , l’opération Sentinel et l’opération Red Card 2.0, ont collectivement conduit à plus de 1 500 arrestations, à la saisie de centaines d’appareils et à la récupération de plus de 100 millions de dollars américains, soit environ 57 milliards de francs CFA.
Le rapport recommande la normalisation des capacités d’analyse forensique numérique, le renforcement de la coopération transfrontalière, l’investissement dans la formation des agents des forces de l’ordre à l’IA et la mise en place de partenariats public-privé formels pour soutenir une prévention, une détection et une réponse efficaces.
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En Afrique, plus de 1,1 milliard d’abonnés mobiles sont recensés en 2025, ce qui laisse apparaître que la transformation numérique de l’Afrique s’accélère rapidement. Cependant, la législation sur la cybercriminalité est fragmentée et le niveau de préparation à l’IA au sein des forces de l’ordre reste alarmant.