Home Société Bénin- « Quand l’eau manque, les sapeurs-pompiers nous apportent de l’eau sale, et on se bat pour avoir cette eau sale », témoignage glaçant d’un détenu

Bénin- « Quand l’eau manque, les sapeurs-pompiers nous apportent de l’eau sale, et on se bat pour avoir cette eau sale », témoignage glaçant d’un détenu

by Kossi LAMBA
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Prison civile de cotonou au bénin

Une enquête menée par Amnesty International sur les conditions de détention au Bénin révèle des manquements graves aux normes internationales en matière de droits humains relatives au traitement des détenus (es). Plusieurs dizaines de détenus meurent faute de soins adéquats. Sur le premier semestre de l’année 2023, c’est un peu plus de 45 détenus qui ont succombé dans quatre (04) des onze (11) prisons que compte ce pays d’Afrique de l’Ouest.

« Surpopulation, conditions sanitaires exécrables, aération inexistante ou précaire, défaut de soins adéquats » sont quelques-uns des maux qui minent les lieux de détention au Bénin, selon les résultats d’une enquête menée par l’ONG Amnesty International qui a été autorisée par les autorités de ce pays à visiter ces lieux.

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Les résultats de cette opération déroulée sur la période du 19 juin au 21 juillet 2023 et ayant impliqué des professionnels de santé (13 infirmières), des responsables pénitentiaires (9 directeurs de prison et 2 gardiens en chef) et des détenus (es) (500 environ), sont ahurissants.

En ce qui concerne la surpopulation par exemple, la prison de Missérété d’une capacité d’accueil de 1000 détenus comptait 3 742 en 2023. Celles de Porto Novo et de Cotonou prévues pour accueillir respectivement 250 et 700 personnes, comptait 1 554 et 1 595 détenus. Cette situation est due principalement à une détention provisoire devenue systématique alors qu’elle devrait être une exception.

Pire, des centaines de détenus sont incarcérés provisoirement sur une période dépassant largement la peine encourue en cas de culpabilité reconnue par décision de justice. Selon les autorités pénitentiaires du Bénin, 55% des 18 170 personnes détenus en 2023 étaient en attente de jugement.

Quant aux conditions sanitaires et d’hygiène, le constat sur place appuyé par des témoignages dénote de cellules sans couchettes ni lits, d’absence de véritables toilettes (celles-ci étant réduites à des pots individuels pour les femmes ou des tonneaux communs pour les hommes) entrainant des odeurs suffocantes. Ce tableau cauchemardesque est assombri par la vague de chaleur qui touche l’Afrique de l’Ouest dont le Bénin ces dernières années.

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Le manque d’aération nécessaire et d’eau potable condamnent les détenus (es) à une dégradation progressive de leur santé. « Quand l’eau manque, les sapeurs-pompiers nous apportent de l’eau sale, et on se bat pour avoir cette eau sale », confie un détenu de la prison d’Abomey-Calavi à la mission d’Amnesty International.

Alors même que les Règles de Nelson Mandela (un corpus de règles minima pour le traitement des détenus) reconnaissent aux détenus le droit d’accès à l’eau potable, la prison de Missérété manquait d’eau courante depuis près de quatre mois lors du passage des agents de l’ONG.

Il ne fait bon d’avoir un malaise ou d’avoir besoin de soins de santé dans les prisons béninoises car le personnel médical permanent est inexistant. Pour les quelques centres dotés d’infirmeries, les soins précaires sont prodigués par deux ou trois infirmiers déployés par une ONG béninoise. En termes de chiffres, les prisons de Missérété, Parakou et Abomey comptent respectivement 3 infirmières pour 3 742 détenus (es), 3 infirmiers pour 1 491 détenus (es) et 2 infirmiers pour 2 468 détenus (es).

C’est dans ces conditions que 46 détenus ont perdu la vie durant les six premiers mois de l’année 2023, soit une moyenne de plus de 7 détenus par mois. « On a fait des erreurs, mais ce n’est pas une raison pour nous tuer ici », lance un détenu à la prison d’Abomey-Calavi.

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Au regard de ce sombre tableau dans le milieu carcéral, l’ONG Amnesty International lance un appel aux autorités béninoises.

Pour Samira Daoud, Directrice Régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest  et l’Afrique Centrale « les autorités béninoises doivent prendre des mesures pour éviter que les prisons du pays ne deviennent des mouroirs ». Et il s’agit pour eux de « respecter leurs obligations internationales en matière des droits humains et se conformer aux Règles Nelson Mandela des Nations Unies en remédiant de toute urgence à la surpopulation carcérale et en améliorant l’accès aux soins de santé et à l’eau potable ».

Du côté de la branche locale d’Amnesty International représentée par Dieudonné Dagbéto, « avec une volonté politique forte, il est encore temps d’atteindre » l’objectif gouvernemental d’amélioration « des conditions de détention dans les prisons civiles conformément aux normes internationales en matière de droits humains.

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