Aucune prière n’a été faite ce vendredi 20 septembre 2024 en faveur des détenus politiques du Togo. Ainsi en a décidé le ministre en charge de l’Administration territoriale, Hodabalo Awate.
La journée de prière et de solidarité du front « Touche Pas à Ma Constitution » à Sokodé n’a pas pu se tenir suite à l’interdiction du ministre Hodabalo Awate. Les raisons évoquées pour cette énième interdiction des actions des Organisations de la société civile (OSC) sont de deux ordres.
Lire aussi : Togo- Le 20 septembre, une journée dédiée à la prière pour les prisonniers politiques
D’une part, l’illégalité de certaines organisations participantes et d’autre part, la perturbation de l’ordre public. « L’activité projetée par le front ‘Touche Pas A Ma Constitution’ n’est pas de nature à préserver la tranquillité publique », faisait savoir la lettre du ministre.
« Ainsi, en application de l’article 13 de la loi 2019-010 du 12 septembre 2019 modifiant la loi N° 2011-010 du 16 mai 2011 fixant les conditions d’exercice de la liberté de réunion et de manifestations pacifiques publiques, je vous notifie mon refus de vous autoriser à organiser la journée de prière et de solidarité en faveur des détenus prévue le 20 septembre 2024 à Sokodé », a indiqué le Colonel ministre.
Les organisations mentionnées comme n’étaient pas « légalement constituées dans le document sont: Bindjegue Bindje », « Ensemble le Togo » et le « Front Togo Souverain ».
Lire aussi : Togo- Ecole La Madone : « Le Maître m’a embrassé sur la bouche et… », se plaint une autre fillette de 9 ans
La journée projetée par le front « Touche Pas À Ma Constitution », visait pourtant à exprimer un soutien en faveur des détenus politiques au Togo.
Les organisateurs protestent
Les arguments invoqués par le ministre en charge de la décentralisation pour interdire la journée de prière et de solidarité envers les détenus politiques ne tiennent pas la route.
« Nous tenons à rappeler que les organisations citées au pied-de-page de notre correspondance adressée au ministre, (BINDJEGUE BINDJE, Ensemble le Togo, Front Togo Souverain) ne sont pas les organisateurs de cet événement. Le ministre n’a par conséquent aucun droit légal pour motiver l’interdiction de notre événement sur la base du statut de ces trois organisations. Les signataires de la lettre d’information, à savoir la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH), Les Démocrates, et Parti des Togolais, sont toutes légalement constituées et jouissent du droit plein et entier d’organiser un tel événement », écrit le mouvement ‘Touche Pas A Ma Constitution’ dans un communiqué rendu public cet après-midi.
Lire aussi : Togo- Viol d’une fillette à « La Madone » : le ministre Dodzi Kokoroko rencontre les parents de la victime
Cette interdiction qui « constitue un abus de pouvoir caractérisé et une violation flagrante des droits constitutionnels des citoyens togolais », a été notifiée aux organisateurs par une simple lettre. Elle prive donc les enfants de détenus politiques de Sokodé de kits scolaires. C’est une double peine infligée à des familles déjà éprouvées par la détention arbitraire de leurs proches.
« Nous attirons l’attention du ministre sur le fait que, selon la loi en vigueur, une interdiction de manifestation doit faire l’objet d’un arrêté ministériel en bonne et due forme, et non d’une simple lettre. Cette procédure par arrêté est essentielle pour garantir la transparence et le respect de l’État de droit. En procédant par simple correspondance, le ministre viole délibérément nos droits de recours », souligne le mouvement.
L’objectif de cette journée de prière et de solidarité, rappellent les organisateurs, est purement humanitaire : offrir un soutien moral aux détenus politiques ainsi qu’à leurs familles, et distribuer des kits scolaires à leurs enfants, en ce moment de reprise des cours. Cette initiative s’inscrit dans une démarche de compassion et d’entraide sociale, valeurs largement partagées par les Togolais.
L’on s’étonne qu’elle soit considérée par le ministre comme n’étant « pas de nature à garantir la tranquillité publique ». Le mouvement ajoute qu’on ne peut pas continuer indéfiniment à confisquer les libertés publiques. Il compte poursuivre sa campagne en faveur des détenus politiques, dont la libération est un impératif, surtout après les décisions de la Cour de Justice de la CEDEAO en faveur de la fin de leur détention.
« Après l’interpellation des autorités politiques togolaises, qui répondent par un silence méprisant, nous entrons désormais dans la phase de plaidoyer auprès des groupes organisés tels que des chefs religieux, des chefs traditionnels, des organisations internationales, des chancelleries et des personnalités », rappelle-t-il.
« Touche Pas A Ma Constitution » demande aux Togolais de se préoccuper du sort des détenus politiques, en leur rendant visite.