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Togo- Tribune : Nous voulons savoir ce que vous reprochez à Fred Vedomey

by Journal L'alternative
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Trois hommes ont été arrêtés le 27 juillet au Togo. Deux ont une ambassade. Le troisième n’a que son État — et c’est lui qui le retient.

Il y a, dans cette affaire, deux Français dont on connaît désormais les visages, les noms, la profession, et jusqu’à l’état de santé. Sébastien Perez-Pezzani et Gaël Mocaër, réalisateurs pour Les Routes de l’impossible. Paris a envoyé ses consuls. Le Quai d’Orsay se dit « mobilisé ». Reporters sans frontières a porté leurs noms au monde. L’un d’eux, souffrant, a été placé en résidence surveillée.

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Et puis il y a le troisième. Komi Mawufemo Vedomey. Producteur-réalisateur togolais. Le « fixeur », dit-on dans le métier — celui qui ouvre les portes, traduit, négocie, guide une équipe étrangère sur une terre qu’elle ne connaît pas. Il est togolais. Il n’a pas d’ambassade à Lomé pour convoquer un ministre. Il n’a pas de chancellerie pour exiger une visite ou un communiqué. Son seul recours, sa seule protection, son seul « pays », c’est l’État togolais. Et c’est cet État qui le tient, depuis plus de trois semaines, au camp d’Agoè-Logopé.

Alors posons la question que personne, dans le fracas diplomatique franco-togolais, ne pose pour lui : de quoi, exactement, accusez-vous Fred Vedomey ?

Ce que disent les papiers

Car nous avons, sous les yeux, deux documents que l’État ne peut pas renier : ils portent son propre sceau.

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Le premier est une lettre datée du 13 juin 2026. Vedomey y sollicite, auprès du ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, « l’autorisation de tournage d’un film documentaire de 50 minutes intitulé Les routes de l’impossible », du 10 au 30 juillet, dans des localités qu’il énumère une à une : Tchamba, Bassar, Kara, Nadoba, Badja. Il y écrit tout — le partenaire (Tony Comiti Productions), le diffuseur (la télévision française), le thème (« le territoire du Togo, ses villes, ses ressources et la diversité de sa population »), les lieux précis (l’usine d’anacarde de Tchamba, les danseurs de Badja, la danse Tbali de Bassar, les Tatas Tamberma de Nadoba), et les noms de son équipe : Gaël Mocaër, réalisateur ; Sébastien Perez, cameraman ; lui-même, producteur local.

Le second document est la réponse de l’État. Autorisation N°363/MTCA/CAB/SG/CNCIA. « Le Ministre du tourisme, de la culture et des arts autorise Monsieur Vedomey Komi Mawufemo, producteur-réalisateur togolais, à tourner le film documentaire Les routes de l’impossible du 10 au 30 juillet 2026 » — suit la même liste de localités, Lomé compris. Signée du ministre lui-même, Isaac Tchiakpe. Datée du 19 juin 2026. Avec copie aux préfets et aux maires concernés.

Voilà ce que montrent les papiers : un citoyen togolais qui ne s’est pas caché. Qui a écrit à l’État, décrit son projet, nommé ses partenaires étrangers, et reçu de la main du ministre un document tamponné, numéroté, contresigné.

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Ce qu’on lui reproche — prenons-le au sérieux

Que reproche-t-on, alors, à cet homme ? L’État, qui s’est longtemps tu, a fini par parler. Il évoque « des indices graves et concordants ». Il parle d’un drone utilisé dans une zone sous régime de sécurité particulier — la région des Savanes, sous état d’urgence depuis 2022 face à la menace jihadiste venue du Sahel. Il affirme que l’autorisation était « établie au seul nom de Vedomey » et « ne couvrait pas les Savanes ». Il ajoute une « fausse déclaration ».

Prenons ces griefs au sérieux, un par un — car ils le méritent. Oui, un drone au-dessus d’une zone en état d’urgence est un vrai sujet ; la sécurité du Nord n’est pas un prétexte imaginaire. Oui, une autorisation a des limites, et sortir des localités prévues serait une faute. Personne ici ne réclame l’impunité, ni ne décrète l’innocence à l’avance.

Mais entre un vrai sujet et une accusation précise, il y a un gouffre

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Et c’est ce gouffre que nous refusons.

« Des indices graves et concordants » n’est pas un chef d’accusation : c’est une formule. On ne se défend pas contre une formule. Que Vedomey ait piloté un drone, ou qu’il n’y ait jamais touché — dites-le. Qu’il ait franchi la limite de son autorisation, ou qu’il soit resté dans les clous — montrez-le. Nommez l’acte, citez l’article, produisez la preuve. Un homme se juge sur ce qu’il a fait, pas sur ce qu’un communiqué suggère.

Et cette « fausse déclaration » : fausse en quoi ? La demande du 13 juin déclare tout — le partenaire français, le diffuseur français, les deux Français de l’équipe, jusqu’aux villages et aux danses à filmer. Qu’a-t-il dissimulé, celui qui a écrit noir sur blanc ce qu’il allait faire et avec qui ? Si mensonge il y a, qu’on le pointe, ligne à ligne. Sinon, le mot « fausse » est de trop.

Quant à l’autorisation « au seul nom de Vedomey » : mais c’est l’État qui l’a rédigée ainsi. Elle est au nom du producteur togolais parce que la règle togolaise veut qu’un Togolais la porte. Reprocher à Vedomey d’être le nom sur le papier que le ministre a signé, c’est reprocher à un homme d’avoir obéi. Et si cette autorisation était incomplète — si elle ne « couvrait » pas telle zone —, alors c’est la signature du ministre qui était incomplète, pas le geste du citoyen. On ne délivre pas un laissez-passer pour en faire, six semaines plus tard, une pièce à charge contre celui à qui on l’a remis.

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Il reste ce détail que l’on n’a pas assez pesé : les trois hommes ont été interpellés en filmant un marché dans la région de Kara, et non dans les Savanes qui bordent le Burkina et que l’État agite aujourd’hui. Entre le lieu de l’arrestation et le motif invoqué, il y a, là encore, une distance que quelqu’un doit expliquer. ;

La clarté qu’on offre à Paris, on la doit d’abord à Vedomey

Voici ce qui devrait tous nous arrêter. Quand la France s’est émue, l’État togolais a trouvé, en quelques jours, des mots précis : le drone, les Savanes, les dates, le numéro de l’autorisation. Il a su, pour répondre à une chancellerie étrangère, être clair. Cette clarté qu’il offre à Paris, il la doit d’abord à Fred Vedomey. Un État qui sait détailler des charges pour désamorcer une crise diplomatique n’a aucune excuse pour laisser son propre fils dans le brouillard d’une « formule ».

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Car c’est là l’asymétrie insupportable : les deux étrangers seront, tôt ou tard, portés par le poids d’un État qui se tient derrière eux. Le Togolais, lui, n’a devant lui que le sien — et son État s’est fait son geôlier. Si nous, ses compatriotes, ne réclamons pas pour lui la précision, personne ne le fera à notre place. La solidarité internationale a deux noms français à défendre ; la nôtre a un nom togolais à ne pas laisser tomber.

Alors nous ne demandons ni sa grâce, ni son innocence décrétée d’avance. Nous demandons moins, et nous demandons plus. Moins : pas de discours, pas de « souveraineté » brandie en guise de réponse. Plus : un acte, une date, un article de loi. La différence entre un soupçon et une accusation. La différence entre un homme qu’on retient en otage et un homme qu’on juge.

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Nous voulons savoir ce que vous reprochez à Fred Vedomey. Précisément. Publiquement. Ou nous voulons qu’il rentre chez lui.

Gnimdéwa Atakpama

Conteur – Stratège – Citoyen

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