L’étau se resserre dangereusement autour de la jeunesse de la région des Savanes. Déjà fragilisée par la crise sécuritaire et le chômage grandissant, la jeunesse des Savanes subit à présent de plein fouet les conséquences de la répression de l’orpaillage illégal au Ghana, communément appelé Galamsey. Privés de revenus, ces jeunes, déboussolés, voient leurs espoirs s’effondrer, tandis que la menace de basculer dans des activités criminelles ou des groupes armés grandit.
Depuis quelques semaines, l’inquiétude monte au sein de la population de la région des Savanes. Le sujet cristallise les débats et suscite émoi et interrogations : la chasse aux orpailleurs illégaux dans les sites miniers sauvages du Ghana, communément appelés Galamsey. Et pour cause, le Galamsey est devenu, ces dernières années, une solution contre le chômage des jeunes dans plusieurs localités de la région des Savanes.
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On reconnaît ces jeunes par leurs grosses motos RTR ou scooters, des véhicules coûteux et une coiffure rasta. Âgés pour la plupart de 18 à 27 ans, ils ont transformé le visage des villages avec la construction de villas inspirées du modèle ghanéen. Des localités telles que Sam-Naba, Babigou, Nadjoundi, Lolongue, ou encore Nagbong, Nanergou, Naki-Ouest, Toutougou, Toulong, Nampante, Nano, Doré, Malagou, et bien d’autres, témoignent de cette métamorphose grâce à l’argent amassé par les jeunes au Galamsey.
Même s’il est important de relever que ces villages ont également vu une part importante de leur jeunesse périr dans les carrières d’orpaillage, le Galamsey a été davantage une solution qu’un problème.
De nombreuses jeunes filles ou mères célibataires ont réussi à sortir leurs familles de la précarité et à assurer la scolarisation de leurs enfants grâce à cet or illégal. Or, avec la décision du gouvernement ghanéen de stopper l’exploitation illégale de l’or, l’avenir de plusieurs familles est désormais menacé, et c’est toute la région des Savanes qui retient son souffle.
L’angoisse des orpailleurs : un avenir incertain
La plupart des jeunes hommes et femmes ayant fait fortune dans l’orpaillage mènent aujourd’hui un niveau de vie très élevé. Habitués à dépenser sans compter, ils passent une grande partie de leur temps dans les maquis lorsqu’ils rentrent au pays. Comme l’explique Roland, orpailleur : « En huit mois, j’ai gagné plus de 15 millions. J’ai acheté une maison, plusieurs parcelles de terrain, un scooter à 1 million deux cent mille francs et j’ai construit une villa pour mes parents au village ».
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Issu d’une famille modeste, il avait abandonné l’école en 5e pour devenir conducteur de moto-taxi avant de s’envoler pour le Ghana, où il a travaillé dans une mine sauvage en tant que conducteur d’engins lourds pour des employeurs chinois. Grâce à cet argent, Serge a pu financer les études universitaires de son grand frère.
Mais aujourd’hui, l’incertitude qui règne à Galamsey le plonge dans l’inquiétude : « J’avais acheté une parcelle de terrain pour commencer ma propre exploitation parce que je voulais devenir mon propre patron. Avec ce qui se passe, je crains que mon investissement parte en fumée ».
Cette angoisse est partagée par d’autres jeunes, notamment ceux qui avaient fui la crise sécuritaire dans le Kpendjal pour se réfugier dans les mines d’or du Ghana. Parmi eux, Abraham Kombaté, qui, avec ses économies, avait à peine installé son propre kit d’exploitation il y a trois mois. « Je m’inquiète pour l’avenir. Nous n’avons pas d’autres options ».
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L’arrêt de l’exploitation sauvage de l’or pose également la question de la sécurité dans la région. Déjà, la recrudescence des vols à main armée sur certains axes routiers a été attribuée, à tort ou à raison, à ces jeunes devenus orpailleurs.
Mais au-delà des vols, une inquiétude plus grande se dessine : la possibilité que ces jeunes, privés de revenus et habitués à un niveau de vie élevé, se tournent vers des activités criminelles, voire rejoignent des groupes armés qui sèment la terreur dans la région depuis quelques années.
Dans cette région des Savanes, déjà fortement touchée par l’insécurité, les jeunes démunis pourraient devenir des cibles faciles pour les recruteurs des groupes djihadistes opérant dans la sous-région. L’attrait de l’argent facile, associé à la frustration de voir leurs opportunités s’effondrer, pourrait pousser certains à céder aux sirènes de l’extrémisme.
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Pour beaucoup, habitués à travailler dans des conditions dures et à consommer de la drogue pour tenir le rythme effréné des mines, il suffirait d’un pas pour tomber dans le piège du djihadisme.
« Si on ferme Galamsey, le nombre de voleurs risque d’augmenter, mais aussi celui des jeunes qui rejoignent des groupes armés, » confie Serge. « Il n’y a pas d’autres activités dans la région. Même si nous essayons de nous reconvertir, ce sera difficile parce que nous ne pourrons pas gagner autant qu’à Galamsey. Une fois que nous aurons vendu nos motos et nos terrains, que ferons-nous ? »
Au-delà du risque de criminalité et de groupes armés, c’est toute l’économie de la région qui pourrait s’effondrer. L’exploitation sauvage de l’or au Ghana nourrit des milliers de familles dans la région des Savanes. Avec la fermeture de ces sites miniers, la précarité pourrait s’aggraver, entraînant un effondrement du tissu social.
Les jeunes filles qui avaient réussi à scolariser leurs enfants grâce à l’orpaillage risquent de les voir retourner dans la rue, tandis que les parents âgés, autrefois soutenus par les revenus de leurs enfants orpailleurs, pourraient replonger dans la misère.
Les ZAAP, une probable alternative
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Dans ce contexte, le débat sur l’effectivité des zones d’aménagement agricole planifiées refait surface. Annoncées comme une solution au chômage des jeunes, leur réalisation se fait toujours attendre. La nécessité pour les autorités gouvernementales de trouver rapidement des solutions pour offrir des alternatives économiques aux jeunes de la région devient un impératif.
Le soutien à l’agriculture, à l’artisanat ou à de nouvelles filières d’emploi pourrait être une réponse. Mais on se demande si cela reste une préoccupation d’un régime dont la seule et unique vision semble être la conservation du pouvoir.