Ce 24 décembre, un communiqué de la présidence de la République a annoncé l’octroi d’une prime exceptionnelle de 60 000 FCFA aux fonctionnaires, enseignants du confessionnel et retraités. Selon les termes du communiqué, cette mesure est présentée comme un geste de solidarité du chef de l’État en cette période festive. Cependant, son application semble nourrir frustrations et interrogations dans une grande partie de la société togolaise.
Avec environ 10% de la population togolaise employée dans la fonction publique, l’essentiel des bénéficiaires de cette prime se limite à une minorité. Les agents contractuels, les ouvriers, les agriculteurs, et les milliers de jeunes sans emploi sont laissés de côté.
Or, le monde rural, qui représente 70% de la population, concentre également les ménages les plus pauvres, pour lesquels une telle mesure aurait été un réel soulagement. La grande majorité des Togolais peine à faire face aux difficultés croissantes liées à la flambée des prix des denrées alimentaires.
Cette exclusion suscite des débats au sein d’une certaine cette catégorie de Togolais, indispensable au bon fonctionnement de plusieurs services publics.
L’une des grandes questions soulevées par cette prime reste son impact réel sur les ménages en cette période d’inflation galopante. Si 60 000 FCFA constituent une somme conséquente pour nombre de Togolais, il convient de rappeler que les prix des produits de base connaissent depuis plusieurs mois une hausse vertigineuse.
Cette situation, aggravée par les effets résiduels de la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, a fortement érodé le pouvoir d’achat, en particulier pour les ménages vulnérables.
Au lendemain des fêtes, cette prime risque d’être rapidement absorbée par les dépenses, tandis que les défis structurels persistent. Les prix des produits essentiels ne baisseront pas pour autant, et la lutte quotidienne pour joindre les deux bouts restera une réalité pour la majorité des Togolais.
Une exclusion des plus vulnérables
Les mesures sociales visent toujours les plus vulnérables. En adoptant une mesure ciblant uniquement les fonctionnaires et assimilés, le gouvernement semble avoir ignoré une frange importante de la population : les chômeurs, les ouvriers du secteur informel, les petits commerçants, et les agriculteurs, qui constituent pourtant les piliers de l’économie nationale.
Ces exclus, déjà éprouvés par des conditions de vie difficiles, peuvent avoir un sentiment d’injustice face à une mesure qu’ils perçoivent comme discriminatoire.
Ce choix risque d’exacerber les clivages sociaux, en renforçant la perception d’une fracture entre les « privilégiés » de la fonction publique et le reste de la population. Dans des secteurs qui regorgent un nombre important de contractuels comme celui de la santé, des mouvements d’humeur sont à redouter si des dispositions ne sont pas prises à l’interne pour leur accorder la même prime. Le contraire pourrait alimenter un mécontentement généralisé, voire des revendications sociales plus fortes.
Cette prime, bien qu’appréciée par ses bénéficiaires directs, ne résoudra pas les problèmes structurels auxquels le pays est confronté, tels que l’insuffisance de l’emploi, les faibles salaires, et l’absence d’un véritable filet de sécurité sociale pour les plus vulnérables.