Alors que les Togolais attendent toujours des hommages mérités à Sylvanus Olympio, le père de l’indépendance, Gnassingbé Eyadéma, lui, bénéficie chaque année, d’hommages officiels. Une initiative qui, loin d’apaiser, ravive les tensions et les douleurs d’une date chargée dans l’histoire du Togo.
Au Togo, la journée du 13 janvier demeure une date controversée depuis 1963. En effet, cette date marque deux événements diamétralement opposés : l’assassinat de Sylvanus Olympio, père de l’indépendance, et l’accession au pouvoir de Gnassingbé Eyadéma, dont le règne a façonné des décennies de vie politique togolaise et tronqué l’histoire de ce petit pays.
Lire aussi : Togo- Le régime de Faure Gnassingbé ne finit pas de trahir les fondements historiques
Le communiqué du gouvernement daté du 13 janvier 2025, annonçant une campagne médicale gratuite en faveur des populations pour les 20 ans de la disparition du général Eyadéma, interroge sur l’existence d’une réelle volonté du pouvoir de Lomé de tirer sur la corde de la discorde.
Bien que la célébration officielle du 13 janvier en tant que « fête de la libération nationale » ait été abandonnée sous le règne de Faure Gnassingbé, les initiatives persistent, montrant que cette date continue de bénéficier d’une reconnaissance implicite. L’organisation des consultations gratuites en est une illustration parfaite.
Le ton du communiqué, qui insiste sur les « valeurs de solidarité » attribuées au général Eyadéma, contraste lourdement avec l’absence d’hommages similaires envers Sylvanus Olympio.
Ce déséquilibre dans les hommages rendus accentue le sentiment d’injustice au sein d’une partie de la population et soulève des questions sur les intentions réelles du gouvernement. Nombreux sont ceux qui y voient une volonté délibérée d’éclipser l’héritage du premier président togolais, ce qui ne fait qu’exacerber les divisions entre les partisans des deux figures historiques.
Lire aussi : Togo- CODITOGO rappelle à Faure Gnassingbé que « le Togo mérite mieux ça »
Dans un pays où l’appartenance ethnique, régionale ou politique continue d’influencer la perception des événements historiques, honorer unilatéralement une figure controversée tout en marginalisant une autre qui le mérite amplement plus, revient à réactiver des tensions dormantes et à aggraver la fracture sociale.
Pourtant, cette date du 13 janvier, qui divise toujours les Togolais et alimente les polémiques, pourrait être transformée en un symbole de véritable réconciliation nationale avec un brin de volonté politique.
Cela passerait par la reconnaissance des contributions, mais aussi des erreurs, des deux figures historiques. Une telle démarche favoriserait une mémoire collective plus inclusive et constructive.
Le gouvernement, bien qu’animé par des intentions louables comme en témoigne l’organisation de consultations médicales gratuites, laisse entrevoir des manquements dans sa gestion des symboles nationaux et son approche mémorielle.
Lire aussi : Togo- Où sont passés les 20 milliards F CFA investis en 2024 dans la santé ?
Afin de préserver l’unité nationale, une démarche plus équilibrée et inclusive s’impose, une démarche où toutes les pages de l’histoire nationale trouveraient leur juste place.
François BANGANE