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Togo- Agriculture : le gouvernement satisfait des chiffres pendant que les agriculteurs broient du noir

by L'Alternative
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Fidèle à sa politique de communication par les chiffres, Le gouvernement met en avant des performances qui, sur le papier, contrastent avec les réalités observées sur le terrain. Et pendant que les pauvres producteurs s’enfoncent dans la misère après chaque saison, les autorités togolaises affichent leur satisfaction face à des résultats obtenus dans le secteur agricole au terme de la mise en œuvre de la feuille de route gouvernementale 2020-2025.

À l’instar de nombreux pays en développement, l’agriculture togolaise fait face à d’importants défis. Le véritable problème n’est pas tant l’existence de ces difficultés ni le fait pour le gouvernement de se satisfaire des résultats affichés, au risque de considérer que les principaux obstacles sont désormais levés. Toujours est-il que les producteurs continuent d’en souffrir au quotidien.

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C’est un secret de Polichinelle : l’agriculture togolaise demeure largement dépendante des caprices de la pluie. La quatrième Communication nationale du Togo sur les changements climatiques fait état d’une dégradation progressive des conditions climatiques, qui affecte les rendements agricoles et fragilise la résilience des exploitations familiales, encore fortement dépendantes des précipitations et faiblement mécanisées.

La mécanisation, présentée comme un pilier de la politique agricole, illustre le décalage entre les annonces officielles et la réalité du terrain. En mai dernier, des vidéos réalisées par un média local montraient des producteurs de Mamproug, dans la préfecture de Tandjoaré, dénonçant l’absence de tracteurs dans leur localité. Ils affirmaient être contraints de se rendre au Ghana voisin pour trouver des engins afin de labourer leurs champs.

Antoine Lekpa Gbegbeni, ministre en charge de l’Agriculture

Ces témoignages ne surprennent guère. Dans son document de synthèse de la feuille de route 2020-2025, le gouvernement indique avoir acquis 500 tracteurs pour soutenir la mécanisation agricole. Le même document fait pourtant état de plus de 10 600 sociétés coopératives immatriculées. Cela représente, en moyenne, un tracteur pour un peu plus de 21 coopératives. Même si toutes ces coopératives n’exercent pas une activité de production agricole, cette comparaison montre combien sont grands les besoins encore non couverts.

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Le même constat s’observe avec les Zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP). Alors que l’objectif affiché était d’atteindre 400 ZAAP à l’horizon 2025, un peu plus d’un an après cette échéance, seules environ 231 avaient été réalisées, soit moins de 58 % de la cible.

Le déficit en équipements n’est toutefois que la partie visible des difficultés plus profondes et structurelles. Le coût élevé des intrants agricoles, l’accès limité au crédit, l’absence de mécanismes efficaces de fixation des prix pour des produits comme les céréales et les tubercules, les pertes post-récoltes faute de débouchés, les faibles capacités de transformation agroalimentaire ou encore la concurrence des produits importés constituent autant de freins au développement du secteur.

Pendant ce temps, le pays continue d’importer massivement du riz, des huiles végétales ou des poulets congelés et reçoit régulièrement des cargaisons de riz en provenance de partenaires comme le Japon ou la Chine. Une situation qui interroge sur les progrès réellement accomplis en matière de souveraineté alimentaire.

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Depuis plusieurs décennies, les programmes agricoles se succèdent, mobilisant des financements de plusieurs milliards de francs CFA. Pourtant, dans de nombreuses campagnes, les difficultés demeurent sensiblement les mêmes. Cette situation détourne progressivement une partie de la jeunesse d’un secteur jugé peu attractif, peu rentable et trop incertain.

Reconnaître ces limites ne revient pas à nier les efforts entrepris ni les avancées enregistrées dans certaines filières. C’est au contraire une condition indispensable pour améliorer les politiques publiques.

La transformation de l’agriculture togolaise ne se mesurera ni au nombre de documentaires institutionnels produits ni aux statistiques présentées dans les rapports. Elle se mesurera lorsque les producteurs disposeront réellement des moyens de produire, de transformer, de commercialiser leurs récoltes et de vivre dignement de leur travail.

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Au-delà des chiffres, c’est donc la réalité vécue par les agriculteurs qui doit demeurer le principal indicateur de réussite. Car une politique publique ne devient pas un succès parce qu’elle l’affirme; elle le devient lorsque ceux auxquels elle est destinée en ressentent concrètement les effets.

François BANGANE

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