“Durant les vingt dernières années, le fils a complètement négligé notre système éducatif. En lieu et place des réformes qui auraient dû être engagées, notre système éducatif a été piloté, au mieux par des arrêtés ministériels, au pire par des communiqués. Les chiffres montrent globalement que le fils n’a jamais inscrit dans ses priorités, l’éducation nationale.”
Ces mots d’Essossimna Marguerite Gnakadè, tirés de sa tribune publiée le 2 mai 2025, sonnaient déjà comme un verdict sévère. Ils trouvent aujourd’hui un écho retentissant dans un scandale révélateur de l’état de décrépitude du système éducatif togolais : une panne de logiciel à l’Université de Kara prive des étudiants de la possibilité de participer à un concours public national.
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Le 5 mai 2025, un courrier signé du président de l’Université de Kara, Prof. Kokou Tcharié, adressé au ministre de la Réforme du service public, a provoqué un électrochoc. Dans ce document, le président de l’université alerte sur le rejet des dossiers de certains étudiants souhaitant postuler à un concours dans le secteur de la santé et de l’hygiène publique.
Le motif du rejet ? Les étudiants ne disposent que d’attestations provisoires. Depuis le 6 janvier 2025, le logiciel Système d’Information Étudiant (SIE), censé gérer les données académiques, est en panne. Conséquence : impossible pour l’université de délivrer les attestations définitives de diplômes.
Et pourtant, ce même pays a célébré avec faste, le samedi 3 mai 2025, l’investiture de Faure Gnassingbé – déjà vingt ans au pouvoir – comme président du Conseil, un organe qui concentre désormais toutes les prérogatives du chef de l’État.
Des centaines de millions de francs CFA ont été engloutis pour cette cérémonie politique. Pendant ce temps, des étudiants, eux, voient leur avenir bloqué à cause d’un bug informatique non résolu depuis plus de cinq mois. Le contraste est saisissant.
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Lorsqu’en février 2025, d’importantes sommes avaient été mobilisées pour un colloque international en hommage à feu Gnassingbé Eyadema, père du président actuel, personne ne pouvait deviner que l’Université de Kara, située pourtant dans la ville natale du clan au pouvoir, était paralysée par une panne aussi basique. Mais ce dysfonctionnement n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il met en lumière la négligence structurelle dont souffre l’enseignement supérieur au Togo.
Amphithéâtres surpeuplés, grèves récurrentes, programmes obsolètes, manque criant de personnel enseignant, précarité des infrastructures : voilà le quotidien des universités publiques togolaises. Ce marasme est entretenu par l’indifférence des autorités, plus promptes à défendre le régime qu’à trouver des solutions durables à des problèmes élémentaires.
Le plus révoltant dans cette affaire est le silence des responsables universitaires et gouvernementaux. Comment une université peut-elle rester bloquée aussi longtemps pour une simple panne de logiciel ? Où sont les moyens ? Où est la volonté politique ? L’affaire révèle un mépris profond envers la jeunesse et son avenir.
Ce scandale intervient dans un contexte où le pouvoir cherche à renforcer son emprise à travers des manœuvres institutionnelles, pendant que les fondements mêmes de l’avenir – l’éducation – s’effondrent. Le cas de l’Université de Kara, pourtant symbole du pouvoir en place, illustre de manière implacable l’échec d’un modèle de gouvernance incapable de mettre l’humain et le savoir au centre de ses priorités.
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Plus qu’une panne technique, c’est toute une vision du développement qui est en cause. Le pays a-t-il encore les moyens d’ignorer l’urgence d’une réforme structurelle de son système éducatif ? Rien n’est moins sûr. Mais une chose est certaine : sans un changement profond de gouvernance, l’éducation au Togo continuera de sombrer.
François BANGANE