En dix ans, la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET) a vu défiler six directeurs généraux. Emportés tour à tour par des scandales financiers, des accusations de mauvaise gouvernance, des tensions sociales ou l’absence de résultats, des changements intempestifs, reflet d’une société malade, en quête d’une thérapie appropriée. Pendant que les limogeages se succèdent à la tête de l’entreprise, les délestages rivalisent d’intensité, plongeant les consommateurs dans le désarroi.
De 2016 à 2026, pas moins de cinq directeurs généraux se sont relayés à la tête de la CEET. Certains n’auront même pas eu le temps d’imprimer leur marque avant d’être débarqués.
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En février 2016, Gnandé Djétéli est limogé alors qu’il dirigeait la CEET depuis quatre ans. Il laisse derrière lui une société déficitaire à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, selon un audit. Il est remplacé par Paul Mawussi Kakatsi.
Mais en mai 2020, ce dernier est à son tour limogé, alors que la société est au bord du gouffre, marquée notamment par d’importants retards dans le règlement des factures dues au Nigéria, principal fournisseur d’électricité du Togo. Il lui est également reproché des anomalies dans le système de paiement des factures via TMoney.
Pour tenter de remettre de l’ordre dans la maison, le gouvernement dissout le conseil d’administration et porte ses espoirs sur Diog-Bath Laré Santiégou. À l’ancien directeur général de ContourGlobal est assignée la mission de redresser une structure déjà fragilisée par des années de gestion controversée.
Mais dix-huit mois après sa nomination, il est lui aussi poussé vers la sortie, sans que les motivations officielles ne soient révélées. Il est remplacé par l’un de ses collaborateurs, Essénouwa Dégla, jusque-là directeur d’exploitation et conseiller technique.
Essénouwa Dégla connaîtra un passage très bref à la tête de la CEET comme directeur général par intérim. En mars 2022, un mouvement d’humeur né de la contestation d’une décision unilatérale de la direction de revoir à la baisse la gratification annuelle accordée aux employés précipite la nomination d’un nouveau directeur général. Le relais est confié à Barandao Débo K’mba, ancien directeur général de l’Autorité du Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (AGAO).
Celui qui avait été présenté comme l’homme du renouveau finit par se révéler comme l’homme des espoirs déçus. Sous sa direction, la CEET connaît des heures encore plus sombres. Les délestages, devenus plus récurrents, finissent par emporter le patron de la société.
Ce 2 juin 2026, il est à son tour limogé et remplacé par Ilagou Ayéva.
Au-delà des hommes, c’est toute la gouvernance de la CEET qui interroge. Le mal dont souffre la compagnie est pourtant connu depuis des années : mauvaise gouvernance, gestion opaque et absence véritable de reddition des comptes. Mais au lieu de sanctions exemplaires contre les responsables des dérives ayant plongé la société dans cette spirale, c’est plutôt l’impunité qui semble être érigée en règle.
L’un des exemples les plus frappants reste celui de Mawussi Kakatsi, dont la gestion controversée aurait dû conduire à des poursuites judiciaires afin qu’il réponde des nombreux scandales enregistrés sous son passage. Mais contre toute attente, il a été nommé ministre délégué auprès du ministre des Mines et des Ressources énergétiques en août 2024.
Dans ces conditions, difficile d’espérer une véritable réforme en profondeur de la CEET. Tant que les responsabilités ne seront pas situées et les fautes sanctionnées, les directeurs continueront de se succéder, les délestages de rythmer le quotidien des populations, et la compagnie demeurera l’ombre d’elle-même… si tant est qu’elle parvienne encore à résister à ses propres défaillances.
François Bangane