Dans la région des Savanes, des travaux de construction de pistes rurales lancés en 2023 pour désenclaver les localités de cette partie du Togo, en proie à la crise sécuritaire, peinent à s’achever. Trois ans après leur lancement, les machines se sont tues, remplacées par les lamentations des populations. (Image : un dalot abandonné sur un chantier à Kpadjenta).
Au Togo, au plus fort de la crise sécuritaire, le gouvernement de Faure Gnassingbé s’est souvenu que plusieurs localités de la région des Savanes étaient enclavées, faute de pistes permettant de les relier aux principaux centres urbains. Dans le cadre de la feuille de route gouvernementale 2020-2025, plusieurs chantiers de construction de pistes rurales ont ainsi été lancés pour améliorer la mobilité des populations et faciliter l’accès aux services essentiels.
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Certains de ces chantiers ont été achevés, mais leur qualité a été décriée par les populations. D’autres ont tout simplement été abandonnés, illustrant les difficultés persistantes dans la réalisation des infrastructures publiques. La corruption étatn passée par là.
L’un des chantiers abandonnés qui suscitent l’indignation est celui du tronçon Dapaong-Kpadjenta-Bolinpieng-Kourientré, sur la bretelle Dapaong-Sibortoti. Long de 15,80 km, ce tronçon, associé à une autre piste de 8 km dans la commune de Tône 2, a été attribué à l’entreprise TTM SARL à la suite de l’avis d’appel d’offres n° 01719/2022/AOO/MDPR/BIE du 28 novembre 2022. Le montant du marché est estimé à près d’un milliard de francs CFA.

Dalot abandonné sur un chantier et envahi par des herbes à Bolinpieng
Le projet comprend notamment deux grands dalots : le premier, de 67 mètres de long sur 8,5 mètres de large, est construit sur la rivière Kpadjenta ; le second, d’une longueur de 55 mètres, se trouve sur la rivière Bolinpieng. Le groupement SAED/ECIA est chargé du contrôle de l’exécution des travaux.
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Démarré en janvier 2023, le chantier devait être livré au bout de neuf mois. Pourtant, près de quatre ans après son lancement, le taux d’exécution des travaux est estimé à environ 50 %. Depuis mai 2024, le chantier est à l’arrêt. Aucun engin ni ouvrier n’y a été aperçu depuis lors.
Selon les documents consultés par notre rédaction, une avance a été versée à l’entreprise, qui avait également encaissé deux décomptes au 3 mars, selon les pièces disponibles. Les montants correspondants et la date exacte de ces paiements restent à préciser.
À Kpadjenta, l’un des dalots, presque achevé, est déjà utilisé par les usagers. Mais l’absence de murs de protection les expose à un danger permanent. À Bolinpieng, en revanche, le dalot, dont la construction n’en est qu’à ses débuts, est désormais envahi par les herbes.
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La construction de cette voie, qui relie Dapaong à des localités situées en direction du Burkina Faso, avait suscité beaucoup d’espoir parmi les populations. Mais cet espoir s’est rapidement dissipé, laissant place à la désillusion et aux interrogations sur l’avenir du chantier.

Pont de fortune à Koldaga (dangereux) fait par les populations, devant relier Gando à Tchamonga
D’autres chantiers, notamment dans les préfectures de Kpendjal et de l’Oti, lancés dans le cadre du Programme d’urgence pour la région des Savanes (PURS), connaissent une situation similaire.
Pour le gouvernement, l’urgence semble s’être estompée avec l’accalmie sur le front sécuritaire. Pourtant, la baisse des attaques n’a pas fait disparaître les difficultés quotidiennes des populations. Celles-ci continuent de vivre dans la précarité et de subir les conséquences d’une crise qui, malgré les périodes d’accalmie, demeure une réalité.
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Au total, les marchés attribués pour la construction de pistes rurales dans la région des Savanes représentent 21 910 439 986 francs CFA dans le cadre du Programme d’urgence pour la région des Savanes (PURS) et 9 822 834 184 francs CFA au titre de la feuille de route gouvernementale dans le domaine du désenclavement.
Pourtant, malgré ces investissements cumulés de plus de 31,7 milliards de francs CFA, plusieurs chantiers restent inachevés ou à l’abandon. Un contraste saisissant entre les montants engagés et les résultats visibles sur le terrain, alors que les populations continuent de subir les conséquences de l’enclavement.
François BANGANE