Depuis le 16 septembre 2024, les élèves togolais ont repris le chemin de l’école. Si pour le ministre Dodji Kokoroko la rentrée s’est déroulée sans problème, la situation sur le terrain raconte une tout autre histoire : entre le manque criant de salles de classes, l’absence de mobilier scolaire, la pénurie de manuels et d’enseignants, la réalité contraste fortement avec les discours officiels.
« Chez nous, la difficulté majeure, c’est le manque d’enseignants. Cette rentrée, nous manquons de professeurs de sciences au premier cycle et de français au second cycle. Les élèves concernés n’ont toujours pas reçu de cours », explique Samuel, professeur en poste dans la préfecture de Wawa.
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Trois semaines après la reprise effective des classes, ce type de témoignages est fréquent. Toutefois, ces problèmes sont rarement évoqués publiquement, par crainte de représailles.
Dans plusieurs secteurs pédagogiques, des enseignants sont partagés entre deux établissements. Cette situation pèse non seulement sur les enseignants, mais complique également la gestion administrative. « Le problème des professeurs partagés rend difficile la conception des emplois du temps. Dans notre lycée, deux enseignants viennent compléter leurs heures. Comme ce n’est pas leur établissement principal, ils nous imposent leurs horaires, ce qui est normal, mais cela complique l’organisation des autres cours », confie Inoussa, professeur de français dans la région éducative des Plateaux Ouest.
Pour certains, le manque d’enseignants ne résulte pas seulement d’un déficit de ressources humaines, mais aussi d’une mauvaise gestion du personnel. « C’est la répartition qui pose souvent problème, avec toutes sortes d’interférences. Il y a aussi des enseignants intouchables, même s’ils ont peu d’heures de cours. D’autres sont protégés par des recommandations et ne peuvent pas être affectés en zone rurale », regrette un responsable de l’administration scolaire.
Pour le compte de la région des Savanes par exemple, elle a enregistré cette année près de 60 départs au primaire contre seulement un quart qui est arrivé. Au préscolaire, la différence entre les départs est les arrivants affiche un déficit de 22 enseignants. Il arrive parfois de retrouver un seul enseignant qui doit gérer plusieurs classes.
Hormis ces défaillances, il y a la création anarchique d’établissements scolaires, souvent avec des effectifs réduits, qui aggrave cette situation.
Le manque d’enseignants n’est toutefois qu’un des nombreux défis auxquels l’école togolaise est confrontée. La pénurie de manuels scolaires, du cours moyen jusqu’en terminale, complique davantage les activités pédagogiques. Au primaire, aucun document n’est disponible au cours moyen, alors que la méthode APC (approche par compétence) est en vigueur. Les mêmes problèmes se posent au secondaire.
« Dans notre lycée, il n’y a aucun document APC de la seconde à la terminale », déplore Samuel. « On nous fixe des objectifs à atteindre sans nous donner les moyens de les réaliser », ajoute-t-il, la voix empreinte de découragement.
La situation est encore plus alarmante dans la région des Savanes, déjà fragilisée par les tensions sécuritaires. Le flux constant de réfugiés fuyant les violences dans les zones frontalières a fait exploser les effectifs des établissements scolaires d’accueil. En plus du manque d’enseignants et de manuels, ces établissements doivent faire face à une grave pénurie de salles de classe et de tables bancs, laissant les élèves entassés dans des conditions précaires.
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Dans un établissement secondaire, créé il y a trois ans, les élèves se retrouvent parfois assis à quatre par banc. Les salles de classes, toutes en apatams, sont mal orientées pour certaines, et les après-midis deviennent insupportables à cause du soleil.
« L’année passée, il y avait des bâches qui nous protégeaient du soleil, mais vers le troisième trimestre, elles se sont abîmées et nous étions obligés d’apporter des pagnes pour nous protéger », raconte une collégienne.
François BANGANE