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Infrastructures chinoises en Afrique : un triste bilan socio-économique ? (2e partie) 

by L'Alternative
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Souvent loin des promesses affichées, les investissements chinois sont problématiques d’un point de vue socio-économique et environnemental. À tel point que l’hostilité des populations grandit fortement depuis plusieurs années. De quoi changer une tendance lourde qui profite à l’influence chinoise ?  

Sur le plan économique, de nombreux experts soulignent que les entreprises chinoises qui dirigent des projets d’infrastructures mettent souvent à l’écart les entreprises et la main-d’œuvre locales, ce qui ne favorise pas la création d’emplois, le développement local, le transfert de compétences ou le partage de technologies. Au Ghana comme en Côte d’Ivoire, les groupes comme Sinohydro ont multiplié les barrages, mais très peu d’expertises techniques sont restées dans le pays une fois le chantier achevé. 

De plus, les matériaux et équipements utilisés sont souvent importés de Chine, ce qui limite les retombées pour les fournisseurs locaux. Le plus souvent, les groupes chinois achètent chinois et travaillent « à la chinoise et avec des Chinois ». Ils confient le plus souvent les postes clés à des expatriés, limitant l’accès des travailleurs africains aux emplois qualifiés. Au Togo, par exemple, des rapports indiquent que la majorité des ouvriers sur les chantiers financés par la Chine sont Chinois. Un afflux d’expatriés qui a pu créer du ressentiment dans les populations locales. 

Par ailleurs, la Chine perçoit de plus en plus le continent africain comme un vaste marché pour son industrie et ses technologies, ce qui renforce la dépendance croissante des Etats africains. Au Nigeria, par exemple, les produits chinois envahissent le marché. Les commerçants chinois s’implantent en Afrique et importent massivement de Chine des produits manufacturés, ce qui provoque le déclin du secteur industriel local, notamment textile, dans les pays où il a pu se développer, entraînant des faillites (Zambie, Afrique du Sud, Cameroun, Gabon, Nigéria) et la disparition d’activités artisanales ou de petites entreprises locales. En Afrique de l’Ouest, plusieurs mouvements de protestation ont ainsi visé certains commerçants chinois accusés de concurrencer les petits commerçants locaux et d’aggraver la précarisation. 

Droits sociaux bafoués 

Les projets chinois d’infrastructures en Afrique ont aussi soulevé de multiples questions sur le plan social. Les conditions de travail sur certains chantiers sont régulièrement critiquées, ainsi que le non-respect des normes de sécurité et des droits des travailleurs. 

Un rapport publié par le Réseau d’études africain sur le travail dresse ainsi un tableau accablant des conditions de travail dans les entreprises chinoises opérant dans une dizaine de pays du continent : rémunérations insignifiantes ; journées trop longues et sans pause ; généralisation des contrats temporaires, voire absence de contrat ; conditions de logement déplorables ; non-respect des standards minimum de sécurité ; hostilité envers les syndicats ; menaces et pressions sur les ouvriers ; mesures de coercition et rétention de paie ; maintien des travailleurs africains dans des postes subalternes et sous-rémunérés… De nombreuses firmes chinoises bafouent les droits les plus élémentaires des travailleurs, suscitant de fortes critiques de la part d’organisations de la société civile africaine (syndicats, ONG), mais aussi un rejet croissant au sein des populations. 

Une étude de terrain de l’ISS (Institut d’études de sécurité), menée dans six pays d’Afrique australe, confirme ces violations des droits du travail et ces conditions d’emploi précaires. Des recherches ont notamment souligné les conditions de travail dangereuses, voire inhumaines, dans les sociétés minières gérées par des Chinois en Zambie, au Zimbabwe et en RDC, avec des cas documentés d’accidents.  

Au Togo, des chantiers d’infrastructures (routes, logements) ont provoqué des tensions entre ouvriers togolais et superviseurs chinois, dès 2014, ces derniers étant parfois accusés de discrimination, de maltraitances, voire d’esclavagisme. Des ouvriers ont fait grève pour protester contre des conditions de travail déplorables sous l’autorité d’entrepreneurs chinois, les syndicats locaux dénonçant notamment des horaires excessifs et un manque de protection sociale. La plupart des ouvriers du chantier de la nouvelle aérogare qui avaient protesté ont été licenciés. 

Menaces sur l’environnement 

Les investissements chinois en Afrique ont également des conséquences environnementales inquiétantes, notamment en matière de déforestation, de pollution des sols et des eaux, ainsi que de perturbation des écosystèmes et de perte de biodiversité,particulièrement dans les secteurs minier, hydroélectrique, routier et portuaire. Ils s’accompagnent également d’expropriations peu ou pas indemnisées des communautés riveraines. 

Les experts s’accordent pour dire que le modèle chinois d’investissement et de construction rapide a souvent relégué les préoccupations environnementales au second plan. Les procédures d’étude d’impact environnemental sont souvent jugées insuffisantes ou inadaptées. Il en résulte des impacts non anticipés, mal maîtrisés et très difficiles à réparer. Par exemple, l’accord signé en 2018 par le Ghanaavec la société d’État chinoise Sinohydro pour exploiter la bauxite a été conclu sans aucune évaluation pour déterminer la quantité de bauxite pouvant être extraite sans polluer l’eau potable, nuire aux moyens de subsistance des agriculteurs ou menacer la biodiversité. 

Une société Sinohydro au cœur de nombreuses autres polémiques comme en Éthiopie, où le barrage Gilgel Gibe III, construit par l’entreprise chinoise a été critiqué en raison d’une étude d’impact environnemental et social publiée deux ans après le début des travaux, avec des données jugées partiales, suscitant des réserves de l’Unesco. Au Ghana, le barrage de Bui, financé par Sinohydro, a provoqué l’inondation de vastes surfaces agricoles, la destruction de villages et une déforestation massive.  

L’annonce d’un projet mené par une entreprise chinoise est aujourd’hui accueillie avec une certaine circonspection. Vouées à contribuer au développement économique d’une région ou de tout un pays, les infrastructures qui sortent de terre ne tiennent pas assez souvent leurs promesses. Le fonctionnement en vase clos des sociétés chinoises et leur peu d’appétence pour le respect des normes sociales et environnementales tendent à transformer des projets utiles en boulets. Une leçon connue de tous, mais est-elle retenue par les élites ?

Alain Abalo

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