Depuis ce mardi, la région des Savanes est engagée dans un exercice à fort potentiel de déstabilisation : la désignation des chefs de canton par voie de consultation populaire. Quinze trônes sont convoités par 93 candidats, dans une région déjà fragilisée par une crise sécuritaire persistante, où la moindre tension communautaire peut avoir des conséquences graves.
Présentée comme un mécanisme de légitimation de la chefferie traditionnelle, cette démarche intervient dans un contexte explosif. Dans les Savanes, les conflits liés à la chefferie figurent parmi les principaux foyers de divisions communautaires, souvent à l’origine d’affrontements latents, de rancœurs durables et de fractures sociales profondes.
Ces conflits internes constituent aujourd’hui l’un des vecteurs indirects de l’aggravation de l’insécurité dans la région.
Un représentant du pouvoir central, s’exprimant sous couvert d’anonymat, tire la sonnette d’alarme : « la désignation par consultation populaire est un moment crucial et tout peut déraper à tout moment s’il y a trop d’ingérence pour influencer les populations en faveur de tel ou tel candidat ».
Une alerte qui en dit long sur la crainte de manipulations, d’ingérences politiques et d’instrumentalisation des communautés.
Les risques ne se limitent pas au jour de la consultation. Avant, pendant et après le scrutin, les tensions s’exacerbent : pressions sur les électeurs, règlements de comptes familiaux, contestations violentes des résultats.
Dans un environnement où l’autorité de l’État reste parfois perçue comme distante, ces frustrations offrent aux groupes armés un terrain idéal pour s’implanter, recruter et étendre leur influence.
Si la désignation de chefs de canton est nécessaire pour combler des vides institutionnels et restaurer l’autorité traditionnelle, le moment choisi interroge. Dans une région sous pression sécuritaire, mal encadrer ce processus revient à jouer avec le feu.
La chefferie, censée être un facteur de cohésion et de médiation sociale, risque de devenir un accélérateur de crise, si les consultations ne sont pas menées avec une extrême rigueur.
Plus que jamais, les autorités sont face à une responsabilité lourde : garantir la neutralité du processus, prévenir toute ingérence et anticiper les contestations post-consultation. Faute de quoi, ces consultations populaires pourraient laisser derrière elles, non pas des chefs légitimes, mais des communautés divisées et un terrain encore plus favorable à l’insécurité.
François BANGANE