Près de deux milliards (2 000 000 000) francs CFA ! Voici la fortune que le Port Autonome de Lomé laisse échapper chaque année entre les mains des concessionnaires tout simplement parce que les dirigeants de cette société d’Etat refusent de mettre en place un système automatisé de facturation des revenus des concessions. Pourquoi ceci ?
Le Port Autonome de Lomé (PAL) est véritablement séquestré par une « mafia » qui se partage allégrement et sans vergogne les richesses revenant au peuple togolais. Sinon, il est difficile de comprendre qu’à l’ère de la digitalisation de toutes les entreprises (même les PME et PMI), une société d’une envergure du PAL demeure à l’étape précambrienne.
Le port ne dispose pas d’outils de contrôle des redevances qui lui sont dues au titre des contrats de concession portuaire.
Il s’agit de l’un des actes anormaux de gestion relevés par l’audit juridique réalisé sur la société portuaire du Togo. Aussi choquant que cela puisse être, au PAL les sociétés concessionnaires notamment la LCT et Togo Terminal versent au concédant (PAL) le montant qu’ils veulent.
En effet, il faut distinguer ce type de revenus en deux catégories :
- d’abord les revenus de la manutention terre et de la manutention bord : à ce niveau, ce sont les concessionnaires (Togo terminal et LCT) qui, sur la base de leurs propres déclarations, versent les revenus qu’ils estiment devoir au PAL. Une estimation sommaire a permis de découvrir que les concessionnaires ont largement abusé de ce manque de système de contrôle et que le préjudice annuel pourrait avoisiner 1 milliard de francs CFA ;
- ensuite les revenus domaniaux pour lesquels il n’y a pas de systématisation des revenus des contrats de concession ni de ceux des contrats de location avec une pratique systématique de la sous-location ; le préjudice annuel est estimé à plus de 500 millions de francs CFA.
En somme, c’est plus de 1,5 milliards de francs CFA qui échappent aux caisses du PAL par an. Et il ne faut pas se leurrer. Si les dirigeants du PAL ainsi que Faure Gnassingbé et ses ministres ferment les yeux sur cette défaillance, c’est certainement qu’ils perçoivent des contreparties en pot-de-vin.
Combien d’hôpitaux, de routes, de centres éducatifs pour les jeunes auraient pu être construits en plus de 20 ans avec cet argent qui passe dans des poches privées ?
Le scandale est loin de s’arrêter à ce niveau. L’audit juridique révèle qu’en dehors de ces revenus domaniaux, de la manutention terre et manutention bord, d’autres concessionnaires particulièrement identifiés (Afri Pesage, Logitrans, Bolloré) ont gardé par-devers eux des montants collectés au titre des contrats de concession portuaires. Le préjudice s’élèverait à près de 4, 9 milliards de francs CFA.
Qu’attendent les dirigeants du PAL pour mener des actions de recouvrement de cette somme ? A moins qu’ils aient perçus cet argent et l’ont détourné à des fins personnelles.
Dans le même temps où le PAL laisse échapper des milliards de francs CFA, il peine à honorer ses obligations financières envers des partenaires essentiels à ses activités quotidiennes. Ainsi l’audit juridique révèle que le port n’a pas payé depuis plus de 4 ans les licences informatiques dues à l’éditeur de logiciel ORACLE.
Une situation qui expose le PAL à une action juridique en réclamation de droits de propriété sur le logiciel utilisé qui pourrait s’élever à plusieurs milliards.