Derrière la quête du plaisir se cachent parfois des risques insoupçonnés. Entre composition douteuse, défauts de fabrication et de contrôles de sécurité sur les marchés africains, les jouets sexuels soulèvent des inquiétudes sanitaires. À Accra, au Ghana, la mort d’une jeune femme, à la suite de l’explosion d’un sex-toy lors de son utilisation, ravive les interrogations sur la sécurité de ces produits et les dangers auxquels leurs utilisateurs peuvent être exposés.
Le récent incident s’est produit à Accra au Ghana lorsqu’une jeune fille de 23 ans est décédée après avoir été électrocutée par l’explosion d’un sextoy qu’elle utilisait. Les voisins de la victime auraient entendu une forte explosion depuis sa chambre avant de la découvrir dans un état critique.
Lire aussi : Togo- Les plages de Lomé redevenues un repaire de « bandits »…
L’appareil était branché au moment de son utilisation. D’après les voisins, ils auraient entendu des gémissements provenant de sa chambre alors qu’elle utilisait l’appareil, avant qu’une forte explosion soudaine n’attire leur attention.
Alarmés par le bruit, ils se seraient précipités dans sa chambre et l’auraient trouvée gisant dans une mare de sang, présentant des blessures aux parties génitales. Elle a été transportée d’urgence à l’hôpital, mais serait décédée deux jours plus tard. Les circonstances exactes de l’explosion présumée et la cause de son décès restent floues.
La situation est d’autant très préoccupante dans la mesure où s’acquérir un sex-toy est devenu facile à l’ère du commerce en ligne dans nos pays africains. En quelques clics, ces accessoires intimes peuvent être commandés sur des plateformes numériques ou chez les vendeurs en ligne, sans contrôle apparent de l’âge des acheteurs ni informations suffisantes sur leur composition. Une accessibilité qui soulève des inquiétudes, notamment quant à l’exposition des mineurs à ces produits et aux garanties de sécurité offertes aux consommateurs.
Lire aussi : Togo- Des universitaires à la solde de Faure Gnassingbé se réunissent à Lomé contre l’arrêt de la CEDEAO
Xavier, un vendeur en ligne de sex-toys et démarcheur immobilier ne dément point cette réalité. « Les prix des sex-toys varient en fonction de leur qualité. Certains modèles sont branchés sur le secteur pendant leur utilisation, tandis que beaucoup d’autres fonctionnent sans fil, sur batterie ou à piles », explique-t-il.
Il ajoute : « Ici, à Lomé, il existe tout un réseau de vendeurs, notamment dans notre secteur de l’immobilier. Je peux vous affirmer que nous en vendons à tout le monde, hommes comme femmes, y compris à des jeunes filles âgées de 16 à 18 ans. Moi aussi, je cherche à gagner de l’argent, vous voyez. Lorsqu’une commande arrive, nous faisons ce que nous pouvons pour la satisfaire. Tout le monde a accès ».
Une jeunesse exposée aux dangers d’un marché en pleine expansion
Facilement accessibles sur le marché, les sex-toys séduisent une jeunesse toujours plus attirée par ces objets de plaisir, dont la composition et la qualité peuvent varier.
Lire aussi : Togo- 31, 7 milliards FCFA pour désenclaver les Savanes : des travaux abandonnés ou mal faits
Cette facilité d’accès soulève plusieurs questions : les consommateurs connaissent-ils réellement les risques associés à ces produits ? Les vendeurs fournissent-ils des informations fiables ?
Lire aussi :
Dans un contexte où la sexualité demeure parfois difficile à aborder ouvertement, certains acheteurs hésitent à demander conseil à un professionnel de santé. Ils risquent alors de s’appuyer sur des informations incomplètes diffusées sur Internet.
La composition des jouets sexuels constitue l’une des principales préoccupations. Ces produits peuvent être fabriqués à partir de silicone, de plastiques, de caoutchoucs synthétiques, d’élastomères, de métaux ou de matériaux composites. S’ils sont fabriqués à base des matériaux poreux, ils sont difficiles à nettoyer car ils peuvent retenir des résidus et compliquer l’entretien, selon leur structure et leur état.
Lire aussi : Galamsey : 200 armes à feu, 6060 excavatrices, 8200 articles… saisis par le gouvernement Mahama
Il y a aussi des produits sans traçabilité; l’absence d’identification claire du fabricant, de notice ou d’informations sur la composition rend plus difficile l’évaluation de leur sécurité. Des défauts de finition comme des fissures, surfaces dégradées, parties coupantes ou éléments qui se détachent, peuvent entraîner des blessures et par ricochet des infections.
Sex-toys : la sécurité sanitaire au cœur des inquiétudes
Les risques associés aux sex-toys varient selon le type de produit, les matériaux utilisés, les conditions d’utilisation et l’état de santé de la personne, selon des spécialistes interrogés. Le contact avec certains matériaux, colorants, additifs ou lubrifiants peut provoquer des irritations, des démangeaisons ou des réactions allergiques chez certaines personnes. L’apparition de douleurs, de brûlures ou de lésions nécessite l’arrêt de l’utilisation et, si les symptômes persistent ou sont importants, un avis médical est requis.
Les médecins ghanéens Dr Raymond Morbu et le Dr Christian Amihere ont signalé des cas de femmes se présentant à l’hôpital avec des pertes vaginales inhabituelles, des lésions tissulaires, des abrasions et des corps étrangers coincés ou oubliés à l’intérieur du corps. Les risques d’infections sexuellement transmissibles sont énormes y compris le VIH.
Lire aussi : Togo- L’agriculture intelligente de la Chine aidera-t-elle le paysan togolais qui “manque de tout” ?
Il est tout à fait important de préciser, selon des médecins, qu’un nettoyage insuffisant, le partage d’un accessoire sans nettoyage approprié ou sans protection adaptée, ainsi que l’utilisation d’un produit endommagé peuvent favoriser la transmission de certains agents infectieux.
Au-delà des risques sanitaires, la commercialisation des jouets sexuels se heurte également à des restrictions juridiques dans certains pays africains.
Au Ghana, la Cour suprême a confirmé, selon les informations, que la vente ou l’utilisation de dispositifs tels que les sex-toys demeure concernée par les dispositions de la législation sur les infractions pénales. Une situation qui contraste avec la facilité d’accès à ces produits sur les circuits commerciaux et numériques.
Lire aussi : Togo- La CEET rackette les Togolais pour enrichir la « minorité insolente » au pouvoir
Entre interdictions légales, commerce informel et ventes en ligne, la régulation de ce marché pose ainsi un défi aux autorités, appelées à concilier application du droit, protection des consommateurs et prévention des risques sanitaires.