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Togo- Cinkassé, un carrefour commercial privé d’eau potable

by L'Alternative
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La ville de Cinkassé

Chef-lieu de la préfecture de Cinkassé, ce canton, qui forme avec Boadé, Goulingoussi et Gnoaga la commune de Cinkassé 1, est situé à l’extrême nord du Togo. La ville de Cinkassé, un carrefour commercial stratégique reliant plusieurs pays de la sous-région, cache derrière l’effervescence de son marché une réalité moins reluisante : celle d’une ville de plus de 63 000 habitants privés d’eau courante.

L’eau potable est un luxe inaccessible dans cette ville stratégique. Alors que les promesses gouvernementales tardent à se concrétiser, les forages, souvent mal conçus et risqués pour la santé, demeurent la seule source d’approvisionnement.

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En effet, selon les résultats du dernier recensement général de la population et de l’habitat de 2022, Cinkassé comptait 63 226 habitants. Depuis 2023, la ville a accueilli plus de 5 900 personnes déplacées venues du Burkina Faso.

Dans la ville, l’accès à l’eau repose uniquement sur des forages rudimentaires, construits parfois sans respect des normes de sécurité. Chaque jour, femmes et enfants armés de bidons jaunes, de charrettes et de cuvettes se pressent autour de ces points d’eau, illustrant une situation d’urgence qui semble figée dans le temps. Pourtant, du côté des gouvernants, les promesses se succèdent sans jamais se concrétiser.

La mise en œuvre du projet PND-Eau, entièrement financé par l’Agence Française de Développement (AFD), était annoncée comme une solution pour l’alimentation en eau potable de la ville de Cinkassé, ainsi que de Mandouri et Tandjoaré, entre autres. Le montant du financement du projet est estimé à 40 milliards de francs CFA, dont 68,75 % dédié à la région des Savanes. Prévue pour démarrer le 8 juin 2020, la réalisation des travaux se fait toujours attendre, quatre ans plus tard.

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Les forages : une solution provisoire aux conséquences douteuses

Pour faire face à la pénurie d’eau dans cette ville aux portes du Burkina Faso, les populations ont recours aux forages. Dans la plupart des quartiers, les grands commerçants sont les principaux acteurs de l’approvisionnement en eau, offrant souvent gratuitement cette ressource aux plus démunis.

Si certains habitants peuvent se réjouir de la générosité des propriétaires de forages, d’autres, comme Zouéra, doivent acheter de l’eau quotidiennement. « Je vis ici depuis onze ans et nous avons toujours acheté de l’eau. On nous vend deux bassines pour 25 F CFA si un forage est proche », confie la ménagère.

« Pour ceux qui sont loin des forages, il faut acheter un tonneau de sept bassines à 300 F CFA, mais uniquement sur commande », ajoute-t-elle.

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La dame déplore aussi les conditions d’hygiène dans lesquelles l’eau est livrée. « Certains transportent l’eau dans des charrettes traînées par des ânes. Le tonneau est couvert d’un plastique dont la propreté laisse à désirer. Les risques de contamination durant la livraison, sans oublier le manque d’entretien du tonneau, sont élevés ».

Célestin, un fonctionnaire de l’enseignement, déplore les conséquences du manque d’eau potable. « Les populations éloignées des forages, souvent la propriété des nantis, doivent parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau. En plus, les ânes traînant des charrettes chargées de tonneaux et de bidons jaunes perturbent la circulation en ville », explique-t-il.

Outre les mauvaises conditions de livraison de l’eau, la nature même des forages suscite des inquiétudes. « Un forage “positif” est certifié par des résultats d’analyses, or la plupart ne les font pas. De plus, les services techniques du ministère de l’Eau conseillent de faire analyser l’eau tous les six mois pour les forages creusés dans les ménages, en raison du risque élevé de contamination des nappes phréatiques par les activités humaines », explique un ingénieur en hydrogéologie sous couvert d’anonymat.

En attendant la mise en œuvre du PND-Eau, les populations de Cinkassé n’ont d’autre choix que de consommer l’eau des forages, malgré les risques élevés de maladies d’origine hydrique dans cette ville, où les habitants cohabitent avec des dépotoirs sauvages.

Tandis que la ville de Cinkassé continue de croître avec ses marchés et ses commerçants, l’accès à une eau potable sécurisée demeure une préoccupation majeure. Les forages, bien qu’ils soient une solution temporaire, présentent des risques sanitaires considérables pour les habitants, particulièrement pour les plus vulnérables.

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