L’organisation communautaire ouest-africaine, sous diverses pressions venant de la Gambie et de la communauté internationale, a annoncé la création d’un Tribunal Spécial pour la Gambie au terme de la 66 session ordinaire de l’Institution. Même si le nom de l’ancien président Yahya Jammeh n’y a pas été explicitement indiqué, il est évident, au regard de la période couverte par la poursuite, que c’est son long règne dictatorial et sanguinaire qui est visé.
Réunis en session ordinaire le 15 décembre dernier à Abuja (Nigéria), les Chefs d’Etats et de Gouvernements de la Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont acté la mise en place d’un Tribunal Spécial pour la Gambie dont la charge principale est de poursuivre et juger les graves violations des Droits de l’Homme et les crimes internationaux commis entre 1994 et 2017.
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En effet, Yahya Jammeh avait dirigé entre 1996 à 2017 d’une main de fer la Gambie, petit pays d’Afrique de l’Ouest niché dans le ventre du Sénégal. Son régime militaire a été marqué par de nombreux crimes commis sur ses adversaires politiques de même la population : détentions arbitraires, abus sexuels, exécutions extrajudiciaires et assassinats, restrictions des libertés publiques, etc.
L’ex président de la Gambie a dû se résoudre à lâcher le pouvoir en 2017 après avoir été battu aux urnes lors des présidentielles de 2016 et tenté vainement de d’imposer son dicktat au libre choix du peuple gambien.
Il faut noter que depuis son éviction du pouvoir, plusieurs voix s’élèvent tant en Gambie que sur le plan international pour que justice soit faite aux milliers de victimes du règne de Yahya Jammeh. Déjà en mai dernier, Ousman Sonko, ministre de la Défense du régime Jammeh entre 2006 et 2016, avait été jugé et condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour crime contre l’humanité par un Tribunal Suisse.
Durant le mois de novembre 2024, c’est un certain Bai Lowe, ex chauffeur d’une unité militaire chargée de traquer les opposants de Jammeh, qui a été poursuivi et condamné par un Tribunal allemand pour meurtres et crimes contre l’humanité.
La CEDEAO a donc cédé à toutes ses pressions en annonçant la mise en place de cette juridiction spéciale qui va examiner les allégations de crimes et violation des Droits Humains dont le principal présumé auteur n’est autre que Yahya Jammeh.
Ce Tribunal va siéger en Gambie. Il combinera des éléments de droit national et international. Toutefois en cas de menaces sécuritaires, les audiences pourront être organisées dans d’autres pays. Plusieurs magistrats gambiens, régionaux et internationaux seront mis en contribution afin d’assurer son indépendance et son impartialité.
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Cette décision de l’instance suprême communautaire est un signal très fort à l’endroit de toutes les dictatures existantes dans la zone. Les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. La même CEDEAO qui, apparemment, observait passivement les dérives du pouvoir de Yahya Jammeh, s’apprête à juger ce dernier.