Au Togo, depuis quelques jours, les frustrations sociales s’accumulent face à la vie chère. Dernière pilule en date : l’augmentation du prix de l’électricité. Alors que même muette, face à la restriction de l’espace civique le peuple gronde, le pouvoir togolais tente d’éteindre la colère en distribuant du divertissement.
À l’occasion de la Tabaski, des concerts gratuits fleurissent à travers le pays. Mais peut-on vraiment distraire un peuple qui a faim ?
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Ces dernières 24 heures, le gouvernement togolais a lancé une série de concerts gratuits à travers tout le pays. Sur les scènes, des artistes populaires, des lumières, du son, de l’enthousiasme.
Dans les rues et sur les réseaux, des citoyens qui dénoncent leur quotidien difficile : prix qui flambent, chômage qui explose, écoles délaissées, hôpitaux asphyxiés. Deux mondes qui se croisent, mais ne se comprennent plus.
Depuis des mois, la grogne monte. Les manifestations sont interdites, les revendications sociales étouffées, mais la colère trouve refuge sur Internet, dans les vidéos, dans les commentaires, dans les murmures. Face à cette tension, le pouvoir choisit la distraction : offrir une scène plutôt qu’une tribune, du son au lieu du sens. Une stratégie ancienne, héritée des empires : panem et circenses. Mais ici, le pain manque cruellement, et les jeux ne suffisent plus.
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Ces concerts, financés par l’État, sont perçus par beaucoup comme une tentative de noyer les frustrations dans la musique. Mais danser peut-il faire oublier l’estomac vide ? Chanter peut-il faire taire l’angoisse d’un lendemain sans avenir ? Le divertissement peut suspendre l’amertume, mais il ne la dissout pas. Il peut occuper, mais non satisfaire. Il peut détourner, mais pas résoudre.
Le paradoxe est flagrant : quand les meetings citoyens sont interdits au nom de l’ordre public, les concerts, eux, rassemblent librement des foules enthousiastes. La culture devient alors un outil politique, un écran de fumée, un calmant social. Pourtant, la jeunesse togolaise ne se laisse pas si facilement berner. Elle réclame des droits, pas des refrains. Elle veut des opportunités, pas seulement des happenings.
Certains artistes, pris dans ce dilemme, commencent à refuser de jouer ce rôle d’accompagnateurs de l’oubli. Car il devient dangereux de se taire, même en chantant. Et si la scène devait devenir un lieu de résistance, les micros pourraient bientôt relayer autre chose que des mélodies : des vérités.
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On ne gouverne pas durablement par l’amusement. Les enceintes crachent de la musique, mais elles ne couvrent pas éternellement les cris du besoin. La fête est éphémère, la misère, elle, persiste. Et quand la musique s’arrêtera, il faudra répondre aux vraies questions. Celles que les projecteurs ne peuvent pas éteindre.
François BANGANE